Bucarest à l’heure du Festival Enescu

Le cœur de la capitale roumaine vit depuis le 1er septembre à l’heure de la musique. Il en est ainsi tous les deux ans, selon une tradition instaurée en 1958, trois ans après la mort de George Enescu, à l’époque glaciaire du régime communiste. Dès 1971, Ceauşescu qui lançait alors sa propre révolution culturelle, renonça à la manifestation qui ne reprit qu’après sa chute. Au moment où j’écris ces lignes (4/9 au soir) le jeune prodige Alexandru Tomescu fait chanter son Stradivarius sur une scène installée sur la grande place du centre ville, dite de la Révolution, face à l’ancien palais royal. La place est noire de monde. Il fait beau et chaud. Très chaud même, dans les cœurs aussi.

Comme nombre d’institutions culturelles, le Festival Enescu frappe un étranger par son caractère postcommuniste inachevé : de l’ancien régime il a conservé l’aspect massif d’un instrument de propagande qui devait mettre le pays à la une de l’actualité culturelle internationale pendant quelques jours. Et dilater au passage le nombril du citoyen lambda. Cela marche encore un peu : on m’a souvent demandé pourquoi le festival n’est pas mieux connu en Occident.

Que répondre ? sauf à expliquer que chez nous le financement des activités culturelles est certes largement étatisé, mais par juxtaposition ou superposition d’innombrables subventions glanées par les organisateurs. Que le mécénat privé, lui aussi important, n’est jamais acquis. Alors qu’à Bucarest, le gouvernement et la municipalité se partagent la facture – quelque 6 millions d’euros il y a 4 ans si ma mémoire est bonne – la participation des sponsors privés restant symbolique.

C’est donc à plus d’une centaine de concerts que les Bucarestois (et quelques provinciaux car certains concerts sont décentralisés) sont invités à assister du 1er au 25 septembre. L’offre est soutenue, quatre ou cinq concerts par jour. Ioan Holender, le directeur, annonçait à la télévision 100000 billets vendus tout en déplorant que ce baobab cachât une forêt de misère musicale, d’orchestres sans financement, de musiciens sous-payés, alors que le musicien de talent est un des grands produit d’exportation du pays. Sans retour financier, hélas.

Avec comme points forts, les grands concerts symphoniques donnés dans une immense salle construite autrefois par Ceauşescu pour donner un peu de relief aux congrès du parti communiste. Le gigantisme peut avoir son charme : j’ai entendu dans cette salle une Symphonie des Mille de Mahler qui ne manquait pas de panache. La plupart des grands orchestres de la planète ont passé par là. Cette année on attend, entre autres, le London Symphonic Orchestra, le Staatskapelle de Berlin dirigé par Barenboim, le Wienerphilharmoniker, Zubin Mehta et son Israel Philharmonic orchestra, etc. etc.

Plus discrète, la musique de chambre dévoile ses charmes dans la magnifique salle de l’Athénée roumain. J’y ai entendu vendredi 2 septembre l’ Austrian baroque company et son admirable soprano Nuria Rial. Nous attendons la semaine prochaine la coqueluche des Bucarestois, Christian Zacharias et l’Orchestre de Chambre de Lausanne qui vont nous donner trois soirées Schumann.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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2 commentaires pour Bucarest à l’heure du Festival Enescu

  1. Marcel Alin Mosoiu dit :

    Le manque d’echo international du Festival Enescu – subventione surtout au frais de l’etat roumain – me fait penser un peu au dicton: he who pays the piper gets the tune. Mais quelle bonne occasion pour tant de gens et surtout de jeunes d’avoir acces a la bonne musique. Peut-etre il faudrait aussi y voir une des rares occasions qu’ont les roumains de participer chez eux au belles choses de partout dans le monde.

  2. Vous avez raison, les jeunes ne boudent pas leur plaisir et sont très nombreux à aller aux concerts. Pour les concerts de minuit à l’Athénée, une fois que les abonnés sont installés les portes sont ouvertes aux étudiants qui vont occuper les escaliers.

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