L’aube de la dernière mondialisation

J’ai enfin fini de lire La Naissance du monde moderne 1780-1914 de C. A. Bayly (Ed. de l’Atelier, Paris 2007, 862 pages) dont j’avais lu les deux premiers tiers il y a quelques années. C’est un ouvrage très intéressant dont l’élaboration accompagne mes propres préoccupations d’historien au fil de ma vie. Ainsi Bayly note qu’à partir de 1970, les histoires nationales ne sont plus supportables tant la circulation des idées dans le monde s’est développée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire de l’histoire comparée en classe quand je parlais des trois grandes religions monothéistes (voire même du moyen âge). Je suis d’accord dans les grandes lignes avec Bayly même s’il doit assez souvent forcer la réalité historique pour justifier sa démonstration (en ce qui concerne notamment le monde arabe). Par contre le chapitre qu’il consacre à La science dans le contexte planétaire (p.512) ne tient pas la route : aucune civilisation mondiale ne supporte la comparaison avec l’Occident en matière de développement scientifique. Jusqu’à preuve du contraire je maintiens ce que j’ai toujours enseigné à mes élèves : les Chinois ont inventé la poudre mais n’ont pas su l’utiliser, d’où leur panique quand les Occidentaux ont débarqué chez eux à coups de canons au milieu du XIXe siècle.

Bayly tire quelques rudes conclusions de son étude : dont deux sont particulièrement intéressantes et décoiffantes. Après les guerres napoléoniennes, les grandes religions ont connu pendant tout le XIXe un développement extraordinaire – il constate entre autre le renforcement du catholicisme romain et les succès des missions chrétiennes dans divers continents. Au tournant du XXe siècle, la modernité fit irruption partout dans le monde (démocratie, révolutions sociales, promotion de la femme, etc.) et, dit-il, commença alors cette lutte opposant le socialisme révolutionnaire et les mouvements prônant une renaissance religieuse ou ethnique pour conquérir le soutien des masses qui a tant marqué le XXe siècle et qui semble s’être finalement soldée par une victoire de l’ethnicité, de la religion et du nationalisme sur la gauche (p.750).

 

 

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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