Le souffle coupé

Hubert Nyssen, écrivain, éditeur fondateur des Editions Actes Sud tient depuis novembre 2004 un blog dans lequel j’adore aller butiner. A la date du 19 mai 2010, j’ai découvert quelques lignes qui m’ont coupé le souffle :

C’est au temps où il écrivait Le souffle coupé que je fis la connaissance du professeur François-Bernard Michel, spécialiste des maladies respiratoires et passionné de littérature. Il m’accorda son amitié malgré le tabagisme qu’il me reprochait et je fus séduit par sa vision holistique du monde dont nous étions contemporains. Même si elle s’est manifestée de manière discrète et intermittente, cette complicité admirative ne s’est jamais rompue. À plusieurs reprises François-Bernard Michel me demanda d’intervenir dans des colloques où, pour discuter d’un même thème, il rassemblait médecins, écrivains et philosophes. Je me souviens d’un de ces colloques à l’université de Montpellier où, pour explorer le sens du souffle, il m’avait invité en compagnie de personnages auprès desquels il me semblait que je ne pesais rien. J’avais choisi de parler de la ponctuation qui, bien gérée, permet au texte… de respirer mais qui dans l’excès l’embarrasse d’une sorte de passementerie qui l’étouffe.

Depuis toujours asthmatique je me suis bien sûr précipité sur l’essai que François-Bernard Michel, un pneumologue, a consacré aux écrivains asthmatiques sous le titre Le Souffle coupé. Respirer et écrire (Gallimard, 1984). Lisant l’introduction, je réalise que je ne me suis jamais interrogé sur mon asthme et ai passé sans broncher (si je puis dire !) de la bronchite asthmatiforme à la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) qui est pour le professeur Michel la maladie la plus anxiogène qui soit. Il est vrai que  l’expérience fréquente de cet étouffement terrifiant m’a souvent laissé défait dans mon lit. Comme mort.

Probable raison pour laquelle j’ai annulé et nié avec application la réalité de la maladie dès qu’elle faisait mine de s’éloigner. Le rituel fut toujours le même : à peine mes bronches avaient-elles retrouvé une certaine fraîcheur il s’agissait de renouer avec la cigarette. Je craignais les premières bouffées de fumée, puis dès que mon organisme s’était réhabitué, je recommençais à tirer sur la clope comme un malade. Mais j’étais vivant.

Au fil des pages, je grappille ici ou là des indications qui me renvoient à mon expérience. Ainsi ai-je découvert que si mon odorat est si fin c’est pour me défendre des agressions de possibles et insidieux allergogènes. François-Bernard Michel consacre un long chapitre au mode de vie de Proust en décrivant en détail son enfermement volontaire par crainte des microbes. Ce qu’il raconte de la toux de Valéry est aussi passionnant. Les cas, tous intéressants, se succèdent passant aussi par Mallarmé ou Camus. A la fin je réalise qu’il n’y a pas de femmes dans la liste. L’asthme serait-il une maladie masculine ?

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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