Un vampire pas très catholique (Transylvanie 2)

Byron et Shelley, les deux poètes ne se préoccupent pas seulement de littérature. Les sciences qui dès le XVIIIe siècle ont pris un essor extraordinaire offrent à ces esprits curieux matière à des débats sans fin. Des discussions d’autant plus interminables que nos estivants n’ont pas eu de chance : il n’y a vraiment pas eu d’été en cette année 1816 entrée dans l’histoire comme la plus catastrophique des temps modernes. Il a même gelé en août ! La cause ? La formidable éruption volcanique en avril 1815 du mont Tambora en Indonésie dont les effets se firent sentir pendant plus d’une année, provoquant même en Suisse son ultime grande famine et, dans le haut val de Bagnes, la catastrophe du glacier du Giétroz. Mary Shelley dans la préface écrite en 1817 pour la première édition de Frankenstein ou le Prométhée moderne :

J’ai passé l’été 1816 dans les environs de Genève. La saison était froide et pluvieuse et le soir nous nous réunissions autour d’un feu de bois ronflant, nous délectant parfois de l’une ou l’autre histoire allemande de fantômes. Ces récits éveillèrent en nous un désir d’imitation. Deux amis (une seule œuvre de l’un d’eux serait beaucoup plus digne de l’intérêt du public que tout ce que je pourrais jamais espérer écrire) et moi-même avons donc convenu d’imaginer chacun une histoire se fondant sur quelque phénomène naturel. Le temps redevint toutefois clément et mes amis me quittèrent pour entreprendre un voyage dans les Alpes. Les scènes magnifiques qui s’offrirent à eux leur firent perdre tout souvenir de leurs visions spectrales. Le récit qui suit est donc le seul à avoir été mené à son terme.

Il est intéressant de noter pour la suite de l’histoire que seuls trois protagonistes de la soirée sont concernés par le défi. Peu inspiré, Shelley ébauche un poème qu’il abandonnera bientôt. Mary, en verve, écrit les premières pages du Frankenstein appelé à connaître le succès que l’on sait. Pour sa part, Byron amorce un récit intitulé The Vampyre dont il plante le décor dans d’antiques ruines des environs de Smyrne. Le protagoniste, Darvell attire son compagnon de voyage dans la désolation d’un cimetière abandonné :

We had passed halfway towards the remains of Ephesus, leaving behind us the more fertile environs of Smyrna, and were entering upon that wild and tenantless tract through the marshes and defiles which lead to the few huts yet lingering over the broken columns of Diana — the roofless walls of expelled Christianity, and the still more recent but complete desolation of abandoned mosques — when the sudden and rapid illness of my companion obliged us to halt at a Turkish cemetery, the turbaned tombstones of which were the sole indication that human life had ever been a sojourner in this wilderness. The only caravansera we had seen was left some hours behind us, not a vestige of a town or even cottage was within sight or hope, and this ‘city of the dead’ appeared to be the sole refuge of my unfortunate friend, who seemed on the verge of becoming the last of its inhabitants.

« In this situation, I looked round for a place where he might most conveniently repose: contrary to the usual aspect of Mahometan burial-grounds, the cypresses were in this few in number, and these thinly scattered over its extent; the tombstones were mostly fallen, and worn with age: upon one of the most considerable of these, and beneath one of the most spreading trees, Darvell supported himself, in a half-reclining posture, with great difficulty. He asked for water. I had some doubts of our being able to find any, and prepared to go in search of it with hesitating despondency: but he desired me to remain; and turning to Suleiman, our janizary, who stood by us smoking with great tranquility, he said, ‘Suleiman, verbana su,’ (i.e. ‘bring some water,’) and went on describing the spot where it was to be found with great minuteness, at a small well for camels, a few hundred yards to the right: the janizary obeyed. I said to Darvell, ‘How did you know this?’ He replied, ‘From our situation; you must perceive that this place was once inhabited, and could not have been so without springs: I have also been here before.’

– You have been here before! How came you never to mention this to me? and what could you be doing in a place where no one would remain a moment longer than they could help it?

To this question I received no answer. In the mean time Suleiman returned with the water, leaving the serrugee and the horses at the fountain. The quenching of his thirst had the appearance of reviving him for a moment; and I conceived hopes of his being able to proceed, or at least to return, and I urged the attempt. He was silent — and appeared to be collecting his spirits for an effort to speak. He began:

– This is the end of my journey, and of my life; I came here to die; but I have a request to make, a command — for such my last words must be. — You will observe it?

– Most certainly; but I have better hopes.

– I have no hopes, nor wishes, but this — conceal my death from every human being.

– I hope there will be no occasion; that you will recover, and…

– Peace! it must be so: promise this.

– I do.

(…)

– On the ninth day of the month, at noon precisely (what month you please, but this must be the day), you must fling this ring into the salt springs which run into the Bay of Eleusis; the day after, at the same hour, you must repair to the ruins of the temple of Ceres, and wait one hour.

La mise en scène macabre se poursuit, passe un oiseau de mauvais augure un serpent dans le bec, Darvell meurt… On devine qu’il réapparaîtra sous une autre forme. L’œuvre reste inachevée, mais son canevas était connu du groupe d’amis réunis dans la villa Diodati.

C’est le quatrième larron, John William Polidori,

qui va tirer les marrons du feu et se construire à bon compte une gloire éternelle. Comme secrétaire il a bien sûr accès aux papiers de Byron. A tout hasard, il recopie le manuscrit. Quand à la suite d’une scène plus violente que d’habitude Byron rompt avec lui et le prie de disparaître de sa présence, Polidori décide de s’approprier l’œuvre du maître et écrit une nouvelle, The Vampyre, qui, publiée dans une revue en 1819, sera présentée par l’éditeur comme étant A Tale by Lord Byron, ce qui lui assura un succès immédiat. Le mythe du vampire dont le succès de nos jours encore ne fait que croître était né.

(A suivre)

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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