Où les vampires approchent des Carpates (Transylvanie 3)

Dans son The Vampyre, Polidori plagie (vampirise !) sans retenue, se bornant à changer les noms – portraiturant Byron en Lord Ruthven à la place de Darvell – mais en ressuscitant le mort vampirisé et le faisant réapparaître en Angleterre où, à son tour, il vampirise une jeune femme, ce que Byron n’avait pas eu le temps de faire avant d’interrompre son travail :

Lord Ruthven’s strength rapidly decreased; in two days mortification ensued, and death seemed advancing with hasty steps. His conduct and appearance had not changed; he seemed as unconscious of pain as he had been of the objects about him: but towards the close of the last evening, his mind became apparently uneasy, and his eye often fixed upon Aubrey, who was induced to offer his assistance with more than usual earnestness. « Assist me! you may save me you may do more than that – I mean not life, I heed the death of my existence as little as that of the passing day; but you may save my honour, your friend’s honour. »

« How? Tell me how? I would do any thing, » replied Aubrey.

« I need but little, my life ebbs apace – I cannot explain the whole – but if you would conceal all you know of me, my honour were free from stain in the world’s mouth – and if my death were unknown for some time in England – I – I – but life. » – « It shall not be known. »

« Swear! » cried the dying man raising himself with exultant violence. « Swear by all your soul reveres, by all your nature fears, swear that for a year and a day you will not impart your knowledge of my crimes or death to any living being in any way, whatever may happen, or whatever you may see. »

His eyes seemed bursting from their sockets; « I swear! » said Aubrey; he sunk laughing upon his pillow, and breathed no more. (p. 54)

Au début du XIXe siècle, les histoires terrifiantes étaient très à la mode comme le signale Mary Shelley dans sa préface à Frankenstein. Les deux poètes comptaient d’ailleurs parmi leurs amis un des auteurs les plus célèbres du moment Matthew Gregory Lewis qui écrivit à vingt ans (ciel, qu’ils étaient précoces !) Le Moine, publié en 1795. Le décor est bien sûr campé dans les ruines d’un château allemand aux confins de la Thuringe. Les vampires dans leur forme moderne apparaissent aussi en Allemagne. En 1748, Heinrich August Ossenfelder avait publié un court poème intitulé Der Vampir.

Un demi-siècle plus tard, reprenant le thème, mais sur fond de mythologie grecque, Goethe écrit l’histoire d’une revenante La fiancée de Corinthe. Mystères, passions et surnaturel sont le terreau du romantisme qui se ressource en Europe centrale ou balkanique. Dans son introduction à The Vampyre, Polidori signale plusieurs cas de vampirisme prétendument attestés, dont celui du soldat Arnold Paole mort en 1727 dans le village de Medvegia dans le sud de la Serbie. De son vivant, Paole prétendait avoir été victime d’un vampire et était persuadé d’en porter la malédiction. Un mois après sa mort, il aurait été vu rôdant près de chez lui et aurait bu le sang de nombreux villageois. La Serbie étant alors soumise à Vienne, le conseil de guerre impérial ouvrit une enquête dont le procès-verbal de 1732 mentionne pour la première fois les vampires. En signalant ce lointain fait divers, Polidori posait un orteil dans ces Balkans qui mettaient en émoi les imaginations parisiennes ou londoniennes, sans toutefois arriver jusqu’aux Carpates.

(à suivre)

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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