Le populisme alpin emporté par des avalanches

Il aura duré une bonne trentaine d’années, mais n’aura pas survécu à l’hiver 2012, un hiver il est vrai particulièrement rigoureux. Le populisme alpin est mort. Il y a quelques années la disparition de l’Autrichien Jörg Haider lui avait déjà porté un coup très dur. La chute de la maison Blocher suite aux calamiteuses élections suisses de l’automne dernier attaqua ses fondations. La démission ignominieuse d’Umberto Bossi de la direction de la Lega Nord le 5 avril dernier pour détournement de fonds publics lui porte un coup fatal. De même que Haider, Blocher et Bossi ne se sont guère préoccupés de leur succession. Au contraire ! Ils prirent un soin particulier à s’entourer de béni-oui-oui serviles incapables de formuler la moindre idée nouvelle.

Naguère journalistes et politologues s’accordèrent à désigner comme appartenant à une même famille – le populisme alpin – des mouvements politiques apparus dans l’ensemble de l’arc alpin à la fin des années 70. Bien qu’issus en réalité de situations diverses les partis lancés par Christoph Blocher en Suisse alémanique, Giuliano Bignasca au Tessin, Umberto Bossi en Lombardie ou Patrice Abeille en Savoie cherchèrent avec des réussites inégales à profiter de la crise d’une démocratie-chrétienne pulvérisée par l’irruption de la mondialisation. Si les Savoisiens ne parvinrent jamais à trouver leurs marques, en Suisse, en Autriche ou en Italie les populistes conservateurs, nationalistes et xénophobes surent conquérir de solides positions politiques quand ce ne fut pas d’importantes participations au pouvoir, surtout en Autriche et en Italie où ils intégrèrent de nombreux gouvernements.

En recourant à une démagogie rustique et primaire, Blocher et Bossi dominèrent sans trop de difficultés la scène populiste alpine pendant deux bonnes décennies. Maintenant que l’ultralibéralisme a nivelé même les recoins les plus secrets des vallées alpines, il sera intéressant de voir qui va s’emparer de leur héritage. En Suisse et en Italie les droites conservatrices vont forcément subir une nouvelle recomposition politique. En Suisse la partie devrait se jouer entre les radicaux et l’UDC. Les deux partis sont en crise, tous deux se cherchent un nouveau leadership et, surtout, de nouvelles lignes directrices. Il devient de plus en plus difficile de faire semblant de ne pas être en Europe, alors que Bruxelles dicte le moindre détail des agendas quotidiens. Pour se redéfinir, la droite suisse a cependant l’avantage de le faire par rapport à une gauche socialiste solide et déterminée. Ce n’est pas le cas des droites italiennes qui n’ont rien en face d’elles. Avec l’implosion de l’épouvantail léguiste, les forces politiques italiennes se retrouvent nues face aux deux puissances qui depuis toujours gèrent réellement le pays : le Vatican et la mafia. Cela promet hélas de formidables soubresauts.

Publicités

A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
Cet article, publié dans Politique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s