France: déchéance de la fonction présidentielle

Ainsi a-t-il fallu le weekend pascal pour que la campagne électorale française atteigne des sommets de nullité : les principaux candidats se sont durement affrontés sur leur conception … du permis de conduire ! Voilà qui intéresse les masses, chatouille les sondages dans le bon sens, dessine la carrure du maître futur d’un pays qui se croit encore la cinquième puissance mondiale selon ce que lui susurrent de complaisantes statistiques.

Les journaux prétendent que malgré les gesticulations des candidats, le pays regarde ailleurs. La belle affaire ! Lui laisserait-on le choix alors qu’on assiste aux sursauts d’un système en crise depuis vingt ans. En 1995 déjà, l’élection de Chirac sur le thème de la fracture sociale fut un emplâtre sur une jambe de bois : il n’avait pas la majorité et la perdit au parlement peu après son élection. Le drame de 2002 avec l’irruption de Jean-Marie Le Pen au second tour aurait dû attirer l’attention sur l’inadéquation du processus électoral avec la position d’une France devenue puissance moyenne au niveau mondial mais restée élément moteur de l’Union européenne au niveau continental.

Aujourd’hui, désarçonnés par ces déséquilibres, les deux principaux candidats ne savent à quel discours se vouer tant une vision politique à très court terme leur est commune. Depuis cinq ans, Sarkozy a plus qu’administré la preuve que la géopolitique est le cadet de ses soucis. Dans son bilan, on ne cesse de mettre en évidence sa légèreté bling-bling, mais on oublie de souligner que cette légèreté le conduisit justement, faute d’ambition politique, à réintégrer pleinement la France dans l’alliance atlantique, dans cette OTAN que même le président des Etats-Unis n’arrive plus à dominer. Or que dit Hollande à ce sujet ? Rien de particulier. Il se contente de souhaiter quelques postes d’état-major supplémentaires pour la valeureuse armée française comme il le précisa dans le débat avec Copé.

Sur l’Europe aussi, les deux candidats partagent les mêmes angoisses. Aucun des deux n’a inscrit l’Europe dans son plan de carrière. Il est évident que pour Sarkozy comme pour Hollande une charge à Bruxelles serait ressentie aussi humiliante que le mandat strasbourgeois pour Rachida Dati. Le bref échange à ce sujet entre le président candidat et un journaliste de Libération est révélateur.

A force de ne pas se prononcer sur les enjeux politiques importants pour ne pas courir le risque de s’aliéner telle ou telle catégorie d’électeurs, on en arrive au degré zéro de la politique et à l’enflure démesurée de recettes publicitaires d’une banalité affligeante.

La constitution de la Vème République montre aujourd’hui ses limites. Conçues pour un homme (de Gaulle) qui se croyait appelé à restaurer la grandeur impériale de la France, les modalités de l’élection présidentielle ne correspondent plus du tout au format des politiciens actuels. Des politiciens façonnés (Hollande est né en 1954, Sarkozy en 55) par la France très amaigrie léguée en 1969 par de Gaulle à ses successeurs. Une France sans empire ni colonies, une France déjà en voie de désindustrialisation avec la disparition programmée des aciéries, charbonnages et chantiers navals, une France maintenue dans un corporatisme obsolète par un parti communiste nationaliste et stalinien, une France corsetée par un centralisme bureaucratique outrancier, une France orgueilleuse de sa langue au point de se permettre de méconnaître les autres. Bref, une France repliée sur l’hexagone, oubliant ses angoisses en compagnie de Jean Yanne, Coluche ou Louis de Funès. Vaste programme !

Fils de bourgeois ayant planifié de longue date une carrière politique, Hollande et Sarkozy ont fini par ressembler à ces électeurs dont ils font semblant sans la moindre vergogne de quêter humblement le suffrage. A force de radoter français moyen, ils le sont devenus. Cela n’a rien bien sûr de la grandeur gaullienne exigée par la fonction à laquelle ils aspirent. Sarkozy l’a prouvé au cours de son premier quinquennat : de Gaulle, même dans un de ses jours les plus noirs, aurait-il pu imaginer un de ses successeurs promenant sa troisième épouse aux pieds des pyramides avec lunettes de soleil sur le front et, sur ses épaules, l’enfant de la pimpante jouvencelle ?

Qu’il y ait eu en 2007 erreur de casting, rares sont ceux qui en doutent aujourd’hui. Mais politiquement la question qui se pose doit-elle porter sur les candidats ou sur la charge à laquelle ils aspirent car elle donne à celui qui s’en empare un pouvoir exorbitant. Si les candidats ne sont plus à la hauteur, ou en d’autres termes, si à force d’invoquer la république les hommes politiques ont fini par imposer un certain esprit républicain et démocratique, ne serait-il pas temps de donner le pouvoir aux représentants du peuple, les élus du suffrage universel, par le truchement d’un gouvernement qu’ils sont assurément collectivement capables de faire fonctionner ?

Et l’Elysée ? De Gaulle envisageait déjà parfois d’y reloger une vraie famille royale dépourvue de pouvoir mais non de pompe histoire d’amuser le bon peuple et les midinettes. Avant de l’introniser et de rendre sa position héréditaire, on l’obligerait par contrat à apprendre l’anglais et à parcourir le monde pour pouvoir, une fois rentrée au pays raconter ce qui s’y passe. Cela pourrait s’avérer un investissement intéressant.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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