Fêter le premier mai?

A deux reprises au cours des mois écoulés je me suis trouvé en porte-à-faux par rapport aux options politiques qui sont les miennes depuis désormais plus d’un demi-siècle. En juin 2011, j’exposai sur Largeur.com  mon peu de sympathie pour les Indignés espagnols (et autres) que je trouvai (et trouve encore) victimes consentantes de leur propre aveuglement et de leur manque d’esprit critique dans leur manière de s’engouffrer massivement dans des filières universitaires proposées par des gouvernements incompétents. Puis, il y a une semaine, en traitant, toujours sur Largeur.com  Jean-Luc Mélenchon d’« orateur vintage d’une extrême gauche patriotarde, corporatiste et antieuropéenne », il m’a semblé ressentir à fleur de poil la désapprobation déconcertée de mes amis. Cela m’a poursuivi. Je tiens à mes amitiés et les cultive.

Je crois que par les temps qui courent, vu la complexité de nos sociétés et leur interactivité (voir à ce sujet l’excellent papier de Geneviève Ruiz sur Accélération, une critique sociale du temps du sociologue Hartmut Rosa), vu aussi leur course effrénée à la catastrophe économique, écologique, sociologique, démographique, etc., nous ne pouvons reprendre la maîtrise du temps qu’en recourant – par petites touches, car cela ne sera pas facile – à des renversements complets de tendance. A des révolutions.

Un des premiers chantiers à ouvrir est l’abandon de l’idéologie du travail, une idéologie née au milieu du XIXe siècle en un temps où le capitalisme industriel avait besoin d’une main d’œuvre taillable et corvéable à merci. Je suis convaincu qu’à moins d’une régression terrifiante, nos sociétés ne connaîtront plus le plein emploi sauf à tomber sous la coupe de régimes fascistes ou militaires. Cela suppose notamment une réorganisation en profondeur des sociétés, le renoncement à l’égalitarisme, des cultures différentes. L’annonce il y a quelques jours du lancement en Suisse d’une initiative   en faveur d’un revenu inconditionnel pour tous de 2500 CHF est dans ce sens une bonne nouvelle. Cela devrait lancer un premier débat sur un sujet qui ne sera probablement résolu, vu les mentalités, que dans quelques décennies.

Un autre versant de la même problématique est la mise en cause du concept de croissance comme moteur unique du développement économique. En ce domaine aussi, les discussions ne seront pas faciles à mener tant les mentalités sont marquées, comme pour le travail, par la nécessité de produire toujours plus sans souci de la qualité ou de la lutte contre le gaspillage. Cela fait 60 bonnes années que nous nous adonnons à une consommation frénétique de toutes sortes d’objets le plus souvent inutiles. J’avais 20 ans quand dans L’ère de l’opulence de J. K. Galbraith, j’ai appris  que « ce sont les entreprises qui imposent des produits aux consommateurs, et non l’inverse » (Merci Wikipedia pour la citation). Que ce capitalisme-là ne fonctionne que par le gaspillage.

Il faudrait encore développer quelques thèmes comme la stupidité et la dangerosité de l’esprit de compétitivité tant dans le sport, à l’école que dans les emplois, la lutte nécessaire contre les aliénations qui nous piègent quotidiennement, la problématique écologique et en particulier la folie mortifère du nucléaire pour délimiter à peu près  le cadre d’engagements politiques citoyens. Tout cela ne laisse guère de place pour célébrer le premier mai, « fête du travail et des travailleurs » qui appartient décidément à un monde révolu, sauf lorsqu’il y a des élections en France.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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Un commentaire pour Fêter le premier mai?

  1. Carlo dit :

    Salut Gérard!
    L’idéologie du travail dans cette société, le travaillisme ou labourisme, c’est un virus, ou pire encore, un cancer, qui en plus a porté aussi beaucoup de marxistes à accepter l’existence d’une classe travailleuse, qui n’existe pas en tant que classe – d’un point de vu marxien, en étant seulement un secteur de la classe ouvrière avec les précaires, les migrants, les jeunes en formation (pour l’exploitation..!), les chômeurs, etc, etc, etc.
    Voilà l’origine de la défaite, jusque maintenant, de la lutte ouvrière!
    La classe propriétaire-exploiteuse a réussi jusque ici cette division de notre classe, justement sur la base de cette idéologie, dans laquelle nagent syndicats, « gauches », etc.

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