Pommes de terre africaines

Sans être un partisan frénétique du patriotisme économique, j’essaie d’acheter des produits alimentaires n’ayant si possible pas fait la moitié du tour du monde avant de finir dans mon cabas. Donc, en principe, je lis les étiquettes. Me trouvant hier en train d’acheter des provisions dans le mini-marché d’une chaîne allemande de Sibiu (Roumanie), l’œil allumé par de jolies petites poires rougeâtres, j’ai passé mon chemin après avoir vu qu’elles venaient du Chili. J’aime beaucoup le Chili et ses habitants, mais leurs poires, elles ont fait trop de kilomètres ! Maugréant, je passai plus loin pour me saisir sans réfléchir d’un filet de pommes de terre.

Rentré chez moi, je me mis à peler des pommes de terre qui, soudain, ne me parurent pas très orthodoxes. J’ai beau être méfiant, mais pas au point de vérifier l’origine d’un chou ou d’une pomme de terre. M’étant déjà beaucoup énervé en devant acheter des patates polonaises, alors que la Transylvanie en produisait naguère par tonnes, je me suis résigné. Mais ce coup-ci, lisant l’étiquette retrouvée, je faillis faire une attaque: mes pommes de terre étaient égyptiennes !

La Roumanie fut un grand pays agricole. Aujourd’hui, les terres arables laissées en friche se comptent par centaines de milliers, voire quelques millions d’hectares. Déboulant après l’économie planifiée et sa pénurie organisée, la mondialisation a par la suite haché menu le peu qui restait des circuits économiques intérieurs. Au point d’en arriver à cette monstruosité : vendre des pommes de terre égyptiennes à des gens qui en ont produit pendant des siècles. Avec, cerise sur le gâteau ( ?), la nécessité de s’endetter auprès de banques allemandes, françaises ou suisses pour s’approvisionner dans des supermarchés allemands, français ou américains. N’y a-t-il pas là de quoi s’arracher les cheveux ?

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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Un commentaire pour Pommes de terre africaines

  1. vanderbecken dit :

    Cela devient un vrai casse-tête de trouver un produit comestible cultivé dans la région de consommation. En extrapolant, on s’étonne que la consommation d’énergie explose rien que pour les transports inutiles, tous secteurs confondus.

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