Les papillons défendent la culture roumaine

L’effet est assez cocasse : des centaines de manifestants défilant avec un nœud papillon autour du cou. Le nœud pap’ n’est autre qu’un clin d’œil au dandy philosophe Horia-Roman Patapievici qui dirige depuis sept ans l’Institut culturel roumain (équivalent à Pro Helvetia en Suisse), organisme chargé de faire connaître la culture roumaine à l’étranger avec un budget de dix millions d’euros. A 55 ans, Patapievici dont l’itinéraire intellectuel (que vous pouvez suivre ici) est tout simplement décoiffant s’est fait connaître du grand public en rehaussant son élégance vestimentaire d’un éternel nœud papillon. Le malheureux est dans le collimateur de Victor Ponta le nouveau premier ministre à qui il déplaît souverainement. Son crime ? Sa sympathie pour le président Băsescu.

A la tête du gouvernement depuis le 7 mai dernier, grand vainqueur des élections locales du 10 juin, Ponta a une telle soif de pouvoir (à moins qu’il ne parvienne pas à résister à la pression de ses obligés) qu’il ne se sent pas d’attendre les élections législatives prévue en automne. Il y déjà décapité quelques institutions dont (dont celle étudiant les méfaits du communisme) pour y installer ses affidés. Avec toujours en ligne de mire le président Băsescu qui suscite une détestation extraordinaire (il n’est « que » capitaine au long cours) dans les rangs des deux partis (social-démocrate et libéral) qui lui disputent le pouvoir.

D’ailleurs, semble-t-il, la riposte ne s’est pas fait attendre comme en témoigne cette accusation de plagiat qui tombe sur la tête de Ponta et que résume fort bien Le Figaro du 19 juin. A parcourir sa biographie, il est intéressant de noter qu’il soutient un master en droit criminel international à l’université de Catane en Sicile. Et que quelques années plus tard, sa thèse de doctorat sera dirigée à Bucarest par le professeur Adrian Năstase. Au moment de la soutenance, Năstase est premier ministre et Ponta un de ses secrétaires d’Etat.

La Roumanie connaît une période d’instabilité politique en raison de la guerre de moins en moins larvée que se livrent le président Băsescu et ses adversaires acharnés le libéral Crin Antonescu et le social-démocrate Victor Ponta. Sans craindre le paradoxe, ces derniers ont même fondé une curieuse Union Sociale-Libérale pour abattre le président. Comme le parti de Băsescu a été proprement étrillé aux élections locales du 10 juin et qu’il n’échappera pas à la décimation aux législatives automnales, la grande question est de savoir comment les deux contendants vont s’y prendre pour dégommer le président avant l’échéance de son mandat en 2014. Ce sera sans doute une nouvelle destitution.

Pour un observateur étranger, une particularité du système politique roumain tient au va-et-vient interpartidaire des députés. Ainsi en 2009 le gouvernement Boc doit sa majorité parlementaire au passage pur et simple d’une solide escouade de députés du PSD de Ponta de l’opposition à la majorité (en échange de solides ministères !). En mars dernier, un mouvement inverse annonce la chute de ce gouvernement. Ainsi un cacique du PDL (parti de Băsescu) passe chez Ponta en compagnie de 28 maires de sa région. Inutiles de préciser que ces Messieurs (et quelques gentes Dames) n’ont rien perdu de leurs prébendes et privilèges. Belle illustration du clientélisme admirablement décrit par le philosophe grec Stelios Ramos dans Le Temps du 14.06.2012.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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