La Suisse et l’Europe, vingt ans après

 Les 3 et 14 juin 2012, suite à une libre opinion publiée par Le Temps, j’ai donné à Largeur.com deux articles à propos du sévère échec rencontré il y a 20 ans par les partisans (dont j’étais) de l’entrée de la Suisse dans l’Espace Économique Européen (EEE) . Le débat ayant vigoureusement rebondi ces jours-ci, j’ai décidé de republier mes propos en remerciant d’avance Largeur.com.

Il y a 20 ans, le 19 mai 1992, un simple communiqué de la chancellerie fédérale annonçait que le Conseil fédéral, réuni en séance extraordinaire, avait pris deux décisions importantes à propos du débat européen qui tenait le pays en haleine depuis plusieurs années. Primo, le peuple se prononcerait le 6 décembre suivant sur l’adhésion de la Suisse à l’Espace Économique Européen (réunion des Etats de la CEE et de l’AELE) dont le traité avait été signé deux semaines plus tôt à Porto. Deusio, l’EEE étant considéré comme l’antichambre de la CEE, le Conseil fédéral avait décidé de poser sa candidature à cette institution qui ne s’appelait pas encore Union européenne. Sitôt dit, sitôt fait : le lendemain (jeudi de l’Ascension !) la demande d’adhésion était signée. C’est ce document qui aujourd’hui encore fait hurler Christoph Blocher dès qu’il y pense. Les médias se chargèrent de faire savoir que la décision avait prise par quatre voix contre trois.

Avec le recul et un peu de réflexion, nous nous rendons compte que le dépôt de cette demande décidée par le gouvernement à une majorité de quatre contre trois et l’échec qui s’ensuivit représentent le désastre le plus cuisant de la diplomatie suisse depuis son triste comportement pendant la Seconde Guerre mondiale. Cela mérite une petite mise en perspective. A commencer par la composition du Conseil fédéral à l’époque des faits en présentant ses membres dans l’ordre de leurs convictions européennes.

Le radical vaudois Jean-Pascal Delamuraz (1936-1998) est une formidable bête politique. D’une jovialité communicative, il ne connaît ni la discrétion, ni la retenue, ni la mesure (surtout pour le chasselas !). Étudiant en sciences po à Lausanne à la fin des années 1950, il tombe tout jeune dans la politique en collaborant avec un cacique radical, Pierre Oguey, patron de l’Instruction publique de 1948 à 1966. Devenu politicien radical (« par conviction centriste, disait-il, opportuniste je serais socialiste ! »), il se voit confier l’organisation concrète de l’Exposition nationale de 1964. Le succès remporté par la manifestation donne un sérieux coup d’accélération à la modernisation de Lausanne. La suite est classique : syndicature, conseiller d’Etat, conseiller fédéral dès 1984, d’abord au Département militaire, puis au Département de l’économie où pour s’occuper il fait de la politique étrangère. En particulier proeuropéenne.

Le socialiste René Felber (1938), ancien président du Locle, est patron des Affaires étrangères depuis 1987. Plus qu’à ses mérites, il doit cette fonction à la règle non écrite qui réserve deux sièges aux Romands, la modestie des Neuchâtelois en faisant des bouche-trous idéaux (Voir Burkhalter aujourd’hui !). Felber lui-même est un terne notable local qui se satisfait de contempler le monde du haut de la Vue-des-Alpes. En 1992, il préside la Confédération.

L’UDC (pas encore blochérisée) y est représentée par Adolf Ogi (1942), un montagnard de l’Oberland bernois (Kandersteg) redevable de sa popularité à un beau palmarès de champion de ski, à une tchatche joviale et naïve et à un optimisme béat. Chef du Département des transports, des communications et de l’énergie, il a prise sur l’international à cause du trafic transalpin (il tirera d’ailleurs bien son épingle du jeu en obtenant un deuxième tunnel ferroviaire au Lötschberg).

Il y a aussi le démocrate-chrétien tessinois Flavio Cotti (1939) qui dirige le vaste Département de l’intérieur. L’homme est secret et, devenu plus tard ministre des Affaires étrangères, se donnera des airs de diplomate florentin. Je me souviens qu’en 1992, bien qu’ayant donné sa voix à l’adhésion, les journalistes éprouvaient beaucoup de difficultés à lui arracher quelques déclarations en faveur de la cause européenne. Issu de la sensibilité progressiste de la démocratie chrétienne tessinois, peut-être sentait-il la montée inexorable de l’involution culturelle et politique de son canton amorcée l’année précédente par la fondation et la percée électorale de la Lega dei Ticinesi de Giuliano Bignasca.

Du coté des opposants à l’intégration européenne figure le libéral-radical Kaspar Villiger (1941), un industriel lucernois entré au gouvernement en 1989 suite à la démission d’Elisabeth Kopp. Après des débuts au Département militaire (bykes et stump !), il passera aux Finances. Retiré de la politique, il devient président d’UBS. Le démocrate-chrétien appenzellois Arnold Koller (1933), juriste discret et cultivé, dirige le département de Justice et Police. De son passage au gouvernement il laissera une nouvelle constitution.

Enfin, doyen du gouvernement, le socialiste soleurois Otto Stich (1927) entra par effraction au Conseil fédéral, la droite le préférant à la candidate officielle Lilian Uchtenhagen, première femme ayant osé briguer une telle charge. Cette élection provoqua une crise suffisamment grave chez les socialistes pour qu’un congrès se prononce sur son maintien au gouvernement. Petit bourgeois presque caricatural, grand amateur de jass, Stich gère les Finances de la Confédération au plus près et, à force d’entêtement, aligne les succès en introduisant de nouvelles taxes, de la vignette autoroutière à la TVA. Mais comme Delamuraz à l’Economie, il se préoccupe aussi de politique étrangère pour renforcer la place de la Suisse dans la finance internationale..

J’étais à l’époque rédacteur au Nouveau Quotidien, journal très engagé en faveur de la cause européenne. Des souvenirs qu’il me reste de ce gouvernement, je dirais que par sa fougue et la force de sa conviction européenne, Jean-Pascal Delamuraz dépassait ses collègues d’une bonne tête. Moins forts en gueule, Stich et Villiger ne manquaient ni de convictions ni de persévérance et travaillaient en profondeur. Ogi multipliait sauts de cabris et mots fracassants sans grands effets, les autres rasaient les murs.

Dans une récente interview au Temps (19/05), l’ambassadeur Tscharner a raison de souligner que ces années-là étaient très agitées diplomatiquement. Le mur de Berlin venait de tomber (novembre 1989), les deux Allemagnes s’étaient réunifiées (octobre 1990), l’immense et terrifiante Union soviétique avait explosé en une kyrielle d’Etats (décembre 1991), ses anciens satellites, désorientés au sens propre, cherchaient leur voie. Le monde était à refaire. L’Europe avait une carte formidable à jouer, la Suisse ne pouvait rester en marge.

Nous avons-nous-mêmes journalistes participé à cette effervescence sans trop chicaner sur les détails. Pourquoi ? A part l’excitation générale que je viens de rappeler, il y a aussi les faits, un enchaînement de circonstances, une indiscutable propension d’une Suisse jusqu’alors très rétive à accepter une certaine ouverture sur le monde. Depuis des années le néolibéralisme anglo-saxon matraquait sec dans tous les médias ou presque. Des hommes comme David de Pury (1943-2000), grand spécialiste des négociations financières internationales comme diplomate avant de passer au secteur privé et de commettre en 1995 un fameux Livre blanc proposant une dérégulation accélérée de l’économie suisse jouaient entre Genève et Zurich aux Thatcher boys, non sans succès. Or, dès la fin de l’année 1990, le pays était entré dans un cycle de crise économique (cette crise plomba le lancement du Nouveau Quotidien créé en automne 1991) dont on ignora sans vergogne l’acuité tant l’heure était à la glorification de la victoire du capitalisme sur l’ennemi communiste. En réalité au moment même où elle étendait ses tentacules sur toute la planète la globalisation néolibérale était déjà minée de l’intérieur.

Le premier à profiter de l’opportunité offerte par cette effervescence n’est autre que le malin Stich. Le dimanche 17 mai 1992 le peuple est appelé à effacer une erreur du passé en  acceptant la participation de la Suisse aux institutions créées en juillet 1944, à la conférence de Bretton Woods. Organisée par les Alliés pour reconstruire le système monétaire international mis à mal par la guerre, elle décide la création de deux institutions aujourd’hui encore importantes : la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International. La Suisse n’en fait pas partie. Comme les autres pays neutres, elle ne fut pas invitée à cette conférence réservée aux alliés. Mais dès 1946 (début de la guerre froide) elle fut priée de participer, sans succès. Berne se méfiait de la puissance américaine qui aurait pu influer sur le cours du franc et sur notre politique monétaire, aussi fut-il décidé de temporiser à l’extrême.

Le fait est que ce n’est qu’en 1992, 48 ans plus tard ( !), qu’un ministre des finances socialiste estime indispensable de rejoindre ces institutions pour participer au grand gymkhana de la mondialisation, quitte à bazarder la sacro-sainte neutralité. Et cela marche ! L’affaire fut présentée comme une simple mise au point de technique financière. Entre deux parties de jass, Otto Stich avait bricolé un plan incroyable pour que la Suisse puisse participer non pas aux affaires européennes, mais carrément aux affaires mondiales. Pour se faire admettre à la BM et au FMI, il faut respecter des conditions très précises. Sans entrer dans les détails, signalons qu’il manœuvre habilement pour réunir divers Etats en un groupe de vote disposant d’une quote-part du capital du FMI afin d’obtenir un siège au conseil d’administration de l’organisation. Si nous avions l’argent de la Banque nationale, il fallait trouver les membres du groupe : l’ingénieux Soleurois eut l’idée d’aller draguer des républiques très républicaines, mais en déshérence : le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan, Etats dont l’indépendance datait de seulement quelques mois. C’est ainsi que fut créer l’Helvétistan dont tout Washington fit à l’époque des gorges chaudes.

Notez-le : cela signifie que qu’en 1991-1992, la diplomatie suisse pouvait en quelques mois élaborer un traité financier violant la neutralité, le vendre à des partenaires d’Asie centrale dont la langue maternelle n’est pas précisément le Schwizertütsch,  le vendre ensuite  au Conseil fédéral et le faire approuver par 56% de la population ! Dans un édito du Nouveau Quotidien (19 mai),  Joëlle Kuntz se contente de prendre acte de cette nouveauté : « Ce n’est même plus le bon sens qui a poussé les Suisses à voter en faveur du FMI, c’est le sens de la survie dans une communauté internationale qui ne laisse plus vraiment le choix. »

Deux semaines avant de gagner haut la main le référendum lancé par des organisations de gauche contre l’adhésion au FMI, le Conseil fédéral avait envoyé son président René Felber en charge des Affaires étrangères et le ministre de l’économie Delamuraz à Porto pour signer le traité instituant l’Espace Economique Européen (EEE). Cet accord prévoyait une coopération très étroite entre les douze membres de la Communauté économique européenne (CEE, future UE) et les sept membres de l’AELE dont la Suisse. Pour la Suisse cet accord était intéressant parce qu’il concédait notamment la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes et quelques autres avantages sans toucher à la neutralité, à l’agriculture, à la politique d’asile, à la fiscalité, au secret bancaire ou à la monnaie. Pour l’économie, cela assurait en somme le beurre plus une coquette partie de l’argent du beurre.

Libérés de la menace communiste qui pesa pendant presqu’un demi-siècle sur le discours politique, de larges pans de l’opinion publique crurent entendre sonner l’heure de la mort de l’isolationnisme estampillé Sonderfall et Alleingang. Place à l’esprit d’ouverture ! Le succès étonnant de la votation sur la participation au FMI le 17 mai 1992 acheva de transformer le ronron bernois en rugissement pro-européen. Surfant sur son succès, le Conseil fédéral se réunit dès le lendemain en séance extraordinaire et décida par quatre voix contre trois de convoquer les citoyens pour le 6 décembre 1992 afin qu’ils se prononcent sur l’entrée dans l’EEE. Il décida en outre, de déposer sans tarder une demande d’adhésion à la CEE. Le 19 mai, le Journal de Genève titrait : « Adhésion à l’Europe : Berne décide de foncer »

Le poids des titres n’enlève rien aux doutes que cette double décision suscite. Démocrates-chrétiens, radicaux et écologistes expriment leur malaise. Socialistes et UDC sont officiellement ravis, mais en apparence seulement. Otto Stich pèse très lourd chez les socialistes. Christoph Blocher qui n’a pas encore soumis l’UDC utilise l’ASIN pour combattre l’ouverture européenne et se réjouit aussi de ce que le radical Pascal Couchepin considère comme une erreur tactique. La fusion des objectifs EEE et CE va permettre de regrouper d’un coup tous les opposants à l’Europe.

Avec le recul, deux constatations surprenantes s’imposent. D’une part personne ne souligne la très faible participation (33%) au scrutin sur le FMI. Cette abstention réduit de beaucoup la portée de ce que le Journal de Genève (18/5/92) qualifie de « premier sondage grandeur nature sur la volonté d’intégration des Suisses au reste du monde ». Par ailleurs, encore plus stupéfiant, la majorité d’une seule voix au Conseil fédéral sur un sujet aussi capital pour le pays n’inquiète ni les commentateurs, ni les politiciens. Comme journaliste, j’ai bêlé avec le troupeau et ne peux que battre platement ma coulpe.

On ne gouverne pas un Etat aussi complexe que le nôtre avec une majorité aussi ténue. D’autant plus que sur les quatre pro-européens du gouvernement, trois représentent la minorité latine. Le retour de manivelle est au niveau de ces fautes : l’EEE n’est acceptée ni par le peuple ni par les cantons. Et l’idée européenne capote si fort qu’elle ne s’en est pas encore remise. Il faut voir  les résultats pour mesurer l’ampleur du désastre. Même si la faible majorité de non du peuple (25000 voix) peut faire illusion, l’opposition de l’énorme majorité des cantons prouve que le pays n’est vraiment pas prêt à rejoindre la CEE.

Dans des conditions normales, un tel échec aurait peut-être pu être récupéré en quelques années à condition que du côté alémanique les hommes politiques se lancent dans une pédagogie européenne de base. C’est hélas le contraire qui s’est passé. La campagne contre l’EEE permit à Christoph Blocher de faire apparaître et structurer une droite nationaliste qui nous étouffe aujourd’hui encore. En lançant toutes ses forces dans le combat (plus de 200 meetings à lui tout seul si mes souvenirs sont exacts), il occupa sans vergogne la scène médiatique en utilisant aussi des moyens financiers exceptionnels. La violence est de mise : un notable tel que Robert Furer, président d’UBS, désireux de porter la contradiction à Blocher se rend à une de ses réunions à Winterthur avec une équipe de la télévision, mais chahuté par la salle (le peuple, dit Blocher) il ne parvient pas à parler !

Il faut être doué d’une bonne dose de masochisme pour, comme Alain Jeannet (L’Hebdo, 24.05.2012) aujourd’hui, demander que l’on revote sur l’EEE. Ce traité avait un sens il y a vingt ans à un moment où l’Union européenne en était à ses premiers vagissements. Depuis, elle a pris une direction néolibérale, centralisatrice, autoritaire et bureaucratique qui lui enlève toute séduction comme le prouvent les sondages publiés dans le même numéro de L’Hebdo. On connaît les adages : s’il arrive parfois à l’Histoire de balbutier, elle ne repasse en revanche jamais les plats. Il faut abandonner les vieux rêves, innover, inventer des solutions nouvelles.

Je reste pour ma part convaincu que face aux glissements de la tectonique géopolitique vers les rives du Pacifique, la construction européenne est plus indispensable que jamais et que la Suisse a un rôle à y jouer. Mais il faudrait pour cela qu’elle oublie un peu son ardeur au gain pour laisser de la place à ses valeurs immatérielles : l’éthique protestante, le fédéralisme, l’inventivité, l’esprit d’initiative. Il faudrait aussi que les grands Etats européens se décident à construire l’Europe au-delà d’une pure intégration économique. Il faudrait encore que les hommes politiques ajoutent les hautes fonctions européennes à leurs plans de carrière.

Dans un essai récemment paru (« La constitution de l’Europe », Gallimard) le philosophe Jürgen Habermas indique plusieurs pistes possibles pour sortir l’UE de la crise. La toute première est la revitalisation de la démocratie. On ne peut indéfiniment imposer aux peuples des politiques sur lesquelles ils n’ont pas prise. Ni accepter que les gouvernants finassent de conserve pour contourner tout recours au suffrage universel (voir l’opprobre contre un éventuel recours grec au référendum). Construction économique abstraite au départ, l’UE est tombée dans l’escarcelle des marchés financiers mondialisés. Cela n’est pas tolérable. La manière de traiter la Grèce est odieuse. Habermas ne désespère pas de la possibilité de créer des solutions institutionnelles inédites pour faire cohabiter dans un ensemble supranational respectant souverainetés et cultures nationales. Il existe des confédérations d’Etats et des Etats fédéraux, il faut inventer une voie nouvelle, médiane, propre au génie européen.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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Un commentaire pour La Suisse et l’Europe, vingt ans après

  1. Bruno11 dit :

    Cari amici,
    leggo con piacere il testo di Gérard Delaloye sul suo blog ( riproposizione di un suo articolo apparso su http://www.largeur.com ) sulle ragioni della scelta pro o contro l’Europa, e l’ istoriato che cerca di spiegare il comportamento del Consiglio federale di allora. Mi piacerebbe che anche a sud delle Alpi (…) si provasse a confrontarsi con la domanda, oggi, su che cosa sia meglio fare rispetto all’Europa. Ricordo bene quanto, a suo tempo, Gérard criticasse la mia posizione personale contraria all’ adesione al trattato di Mastricht, in nome di una Europa unita, e come tale posizione venisse di fatto da lui assimilata a quella della destra populista, e in quanto tale liquidata politicamente come inconsistente. Ora, a distanza di vent’ anni, vedo che anche Gérard prende atto di un cambiamento in atto, e della necessità di nuove soluzioni. ( « Il faut être doué d’une bonne dose de masochisme pour, comme Alain Jeannet (L’Hebdo, 24.05.2012) aujourd’hui, demander que l’on revote sur l’EEE. Ce traité avait un sens il y a vingt ans à un moment où l’Union européenne en était à ses premiers vagissements. Depuis, elle a pris une direction néolibérale, centralisatrice, autoritaire et bureaucratique qui lui enlève toute séduction comme le prouvent les sondages publiés dans le même numéro de L’Hebdo. On connaît les adages : s’il arrive parfois à l’Histoire de balbutier, elle ne repasse en revanche jamais les plats. Il faut abandonner les vieux rêves, innover, inventer des solutions nouvelles.  » ).
    A me interesserebbe però porre in altri termini la domanda , a sapere se l’ impostazione iniziale del discorso europeo non avesse già fin dall’ inizio i caratteri che oggi si vuole denunciare ( direction néolibérale, centralisatrice, autoritaire et bureaucratique ), proprio nella misura in cui il modello politico cui si tendeva non era affatto quello di una struttura federalista fra stati di diversa origine e tradizione culturale, ma quella di un modello centralizzatore che privilegiava i motivi economici prevalenti nella classe dirigente di alcuni stati ( vedi Germania e Francia ). Mastricht era proprio questo, e la storia successiva è lì a dimostrare quanto il progetto « politico » fosse stato subordinato agli obiettivi di una economia » per la quale la necessità di una Costituzione politica era soltanto strumentale, tanto che oggi l’Europa si ritrova senza Costituzione e senza che i popoli europei si siano potuti pronunciare in merito, ma ( guarda caso ) si trova pure ad essere governata da una organizzazione privata come la BCE , le cui direttive servono da modello politico ! ( come ben si può leggere nella situazione italiana, spagnola, portoghese, irlandese, e – ovviamente- greca ). Quindi , parlare oggi di « neoliberismo » quale principale caratteristica dell’odierna UE, mi sembra non solo riduttivo, ma fuorviante, nella misura in cui il neoliberismo ( inteso come pensiero politico del « nuovo capitalismo  » ) era il pensiero politico che ispirava il trattato di Mastricht.
    Forse non è necessario citare Habermas per poter dire che necessitiamo di una « revitalisation de la démocratie », e che il modello politico da reinventare deve fare riferimento al pensiero federalista ( e ben venga finalmente una discussione proprio su questo!). E neppure ci aiuta semplicemente constatare che l’UE  » est tombée dans l’escarcelle des marchés financiers mondialisés « . La domanda da porre mi sembra sia : ma prima di questo, forse che l’Europa era un paradiso sociale in cui i mercati finanziari non avevano diritto di parola ? E non era forse un territorio politico in cui i modelli di « democrazia » erano quelli della democrazia parlamentare che conoscevamo prima della seconda guerra mondiale , o quelli del « socialismo sovietico » ? Forse che ( se questo è vero ), non sarebbe oggi necessario porsi la domanda su quali modelli nuovi di « democrazia » siano necessari ( alla Svizzera, come all’Europa ) per costruire strumenti utili in grado di contrastare il neoliberismo della BCE e dei suoi alleati ? In altre parole: dobbiamo fare uscire l’UE dalla crisi per salvare il progetto europeo, oppure dobbiamo pensare ad un nuovo modello di « democrazia politica » per difenderci dal neoliberismo dell’UE / BCE , che oggi ancora si fonda sull’ asse Berlino-Parigi ?
    ( … ) Per un altro verso la mia domanda a Gérard è : ma se oggi , in Svizzera, dobbiamo criticare il progetto dell’ UE possiamo solo essere seguaci di Blocher , oppure possiamo rifarci ad una diversa tradizione del pensiero politico del federalismo europeo ? E se esiste tale tradizione, quale è ?

    Ciao Gérard, ciao a tutti!

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