Retour sur les années 68 en Suisse

Les éditions Antipodes à Lausanne publient un bouquin qui devrait rendre service à tous les soixante-huitards empruntés pour expliquer à leurs enfants et petits-enfants les événements de 1968. On a beaucoup glosé sur ces événements. A chaque anniversaire les médias recourent aux historiens, recherchent les témoignages d’anciens combattants, mais les acquis restent fragmentaires, souvent isolés de leur contexte, difficiles à saisir dans leur complexité.

Les deux auteurs de Les années 68 (historiens à l’uni de Fribourg) dressent habilement et succinctement – en moins de 200 pages – une vaste fresque de la période. Sur la base d’une riche documentation, ils font une large place à l’explosion culturelle, au développement de sous-cultures, de contre-cultures, voire de cultures alternatives. En réalité, les revendications politiques ont en quelque sorte surfé sur la formidable déflagration culturelle et artistique provoquée par une fringale effrénée de nouveauté.

Les événements politiques – de Genève à Zurich et de Bâle au Tessin –sont situés dans le contexte le plus large possible. Soit à l’échelle du continent pour l’espace et de l’après-guerre à la fin des années 70 pour le temps. L’apogée s’étalant de 1968 à 1975, le coup de massue fatal étant donné par la crise économique de 1973 (choc pétrolier) et la déferlante de licenciements (300000 !) qui s’ensuivit.

Avec le recul – et sans doute parce que le point de vue est plutôt alémanique que romand – c’est peut-être le foisonnement culturel qui surprend le plus et suscite la réflexion. Indiscutablement le décloisonnement des genres et des disciplines, la multiplication des expériences musicales, des scènes théâtrales ou littéraires, des happenings, comme l’apparition de textes en tous genres, livres, revues, tracts, etc. alors que la technique était encore limitée à la bonne vieille ronéo annoncent la société de la communication dans laquelle nous baignons aujourd’hui. Et, par contraste, font ressortir la misère culturelle qu’avec panache les situationnistes étaient parvenus à mettre en évidence.

Par rapport à celle de nos voisins (France, Italie, Allemagne) la scène politique suisse à proprement parler soixante-huitarde reste très en retrait. Les groupuscules de diverses obédiences sont nombreux, mais manquent singulièrement de bras, les masses leur font défaut. Sauf à de rares exceptions, pour le Vietnam surtout, les manifestations de protestation restent très modestes, mais leur seule existence renforcée par toutes sortes de teach-in ou de sit-in témoigne d’une politisation dont aujourd’hui on a oublié jusqu’au souvenir.

Les années 68, de Damir Skenderovic et Cristina Späti, traduit de l’allemand par Ursula Gaillard, Éditions Antipodes, Lausanne, 190 p.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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