EN MARGE Les disciples roumains des urbanistes valaisans

Le Maramureş, j’ai déjà eu l’occasion d’en parler à diverses reprises dans ces pages, est un coin de Roumanie qui rappelle beaucoup le Valais en raison de la beauté de ses paysages, de la mentalité de ses habitants et de la persistance de ses traditions. Seule le distingue une différence de taille : il se trouve à l’écart des grandes routes commerciales. Autrefois situé aux marges du Royaume de Hongrie entre Ruthénie et Transylvanie, les hasards de la Première guerre mondiale l’ont réuni à la Roumanie. Hasard ? Oui, si l’on veut bien se souvenir que Bucarest n’a déclaré la guerre à Berlin, Vienne et Budapest que le 10 novembre 1918… Devenu roumain, ce pays de collines verdoyantes voué à l’élevage fort peu intensif est en panne de modernité jusqu’à la chute de Ceauşescu. Comme il ne possédait de richesses autres que ses moutons et son folklore, les communistes lui ont fichu la paix, renonçant même à collectiviser l’agriculture. Quand je l’ai traversé pour la première fois en 1975, c’était une sorte de paradis tout droit sorti des contes des frères Grimm. Un nouveau passage en 2001 me montra de beaux restes que l’on voyait toutefois menacés par l’irruption d’une modernité agressive. Par la suite, il ne me resta qu’à prendre acte de l’ampleur du désastre.

Valaisan, né pendant la guerre dans un village de montagne (Lourtier), j’ai vu évoluer puis disparaître l’agriculture de montagne pilier de la civilisation alpine. Au fil d’une existence déjà longue, la transformation me parut brutale, dévoyée, irrationnelle, marquée enfin par le fétichisme de l’argent, du compte en banque. Il y a une quinzaine d’années, un ami me résumait la situation en disant : « Autrefois on se partageait un mulet à quatre familles, maintenant chacun se paie un 4×4 à 60000 balles ! ». Depuis le phénomène n’a pas faibli, même si les Valaisans ne savent plus très bien quelle corde tirer pour garnir leurs portefeuilles. Joviaux, matois, frondeurs, ils se heurtent désormais à de solides limites étatiques (ô horreur !). On l’a vu l’an dernier avec le drame cantonal provoqué par l’initiative Weber. On le revoit aujourd’hui avec le vote sur la loi d’aménagement du territoire. Reste une question : pourquoi diable s’énerver alors qu’il ne reste plus rien à aménager ?

Et puis, à part Aminona, Haute-Nendaz, Verbier…  n’a-t-on pas échappé au pire ? Méditez chers compatriotes sur ce que peuvent provoquer les mirages de l’appât du gain chez des gens, faute d’une autre explication, je qualifierais prudemment d’immatures. Deux jeunes sociologues nous offrent un superbe reportage photographique sur le Maramureş et son antenne parisienne. Je n’ai pas traduit les légendes tant les photos parlent d’elles-mêmes. Les personnes âgées sont restées dans les villages envahis par les somptueuses maisons construites par leurs enfants. Des enfants qui passent leurs belles années dans des maisons de fortune de la banlieue parisienne. Et rentrent au village pour les vacances, pour se marier, pour montrer leurs belles voitures. Le reportage est intitulé Orgueil et béton.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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