Carnet de route: le nord de la Roumanie en août 2001

Une dizaine d’années après notre voyage dans le delta et en Moldavie, nous avons parcouru le nord du pays: Transylvanie, Maramureş, Bucovine. La Roumanie commence alors timidement à s’ouvrir aux étrangers. Il m’en reste les quelques notes que voici. Je n’avais à l’époque pas vraiment pris la mesure du drame vécu par les Siebenbürgen.

Botiza (Maramureş), lundi 13 août 2001

Nous sommes dans le Maramureş depuis trois jours. J’en avais oublié la douceur des vallons ! Ce n’est qu’imbrications de petites vallées dont on ne devine pas forcément le sens, avec des rivières brunes charriant toutes sortes de déchets en plastique et d’ordures ménagères.

Les paysages sont très beaux. Collines fauchées de près, à la main ; andains perchés sur des structures en bois ; haies coupant la pente tous les cent mètres. Des prairies sont parsemées çà et là de petits champs de haricots, de maïs, de blé ou d’avoine. Les villages, interminables le long des chemins, sont blottis au fond des vallées. On les repère de loin par les clochers scintillant au soleil des nouvelles églises construites au cours de la dernière décennie. Derrière ces témoins de la mainmise nouvelle du clergé sur les paysans, les églises traditionnelles en bois veillent sur des cimetières herbeux où les tombes sont éparpillées sans ordre aucun.

Nous avons commencé notre périple il y a huit jours par les monts Apucènes. Nous nous sommes arrêtés à Gîrda de Sus dans une pension toute neuve et très accueillante. Jamais l’hospitalité roumaine ne s’est démentie. Les gens se proposent spontanément pour vous mener à un endroit difficile à trouver…

Dans les Apusènes, plus montueux que le Maramureş, le paysage rappelle celui de nos Préalpes. Avec la même lutte de l’homme contre la nature. Comme chez les Walser, l’habitat y est très éparpillé. Ils construisent aussi des maisons sur pilotis.

Par rapport à notre premier passage en 1975, le Maramureş est complètement transformé. Les routes ont été asphaltées, même entre des villages reculés. Le tourisme commence à s’y développer. De nombreuses maisons accueillent les touristes, quelque hôtels et restaurants ont été ouverts. Le progrès fait rage.

Vama, jeudi 16 août 2001

Nous étions hier à deux pas de la frontière ukrainienne au monastère de Putna construit par Etienne le Grand en 1466, au lendemain de la chute de Constantinople. Dédié à la Vierge, il célèbre sa fête patronale pendant trois jours du 14 au 16 août. Quand nous sommes arrivés, vers 11 heures, le service divin était terminé et la foule énorme des fidèles, des dizaines de milliers de paysans, était en train de se disperser.

Le monastère est voie de restauration (il l’était déjà il y a 26 ans…). Cette église, autrefois couverte de peintures à l’intérieur comme à l’extérieur (« de la peinture dorée, c’était l’église la plus riche de Roumanie » nous précise une guide) avait un toit en plomb. Des envahisseurs (ou les habitants ?) l’ont fondu pour en faire des balles. Le musée de Putna a de très belles broderies cultuelles, notamment des « dverà » – rideaux de tabernacle derrière l’iconostase. Quelques centaines de mètres avant le monastère, une église en bois de la fin du XIVe siècle passe pour la plus ancienne du pays. Elle a survécu à nombre d’invasions en étant démontée et cachée dans la forêt.

Rădăuţi, à 20 km, était autrefois une ville à population bariolée dont une bonne moitié était juive. Il reste de cette communauté une synagogue, quelques maisons et une poignée d’individus. Le musée ethnographique local, l’un des plus intéressants que nous ayons vus, ne porte aucune trace de cette variété démographique. La Bucovine est faite de collines. Rădăuţi est dans la plaine.

Lausanne, dimanche, 26 août 2001

Retour de vacances. Très beau voyage roumain commencé par les monts Apucènes, poursuivi au Maramureş, en Bucovine et pour finir dans les villages allemands de Transylvanie.

Les églises fortifiées entourant Sighişoara témoignent d’un drame de civilisation dont le XXe siècle hélas est le grand pourvoyeur. Ces colons appelés dans la région au XIIe siècle ont fui après la chute de Ceauşescu pour se réfugier en Allemagne où leurs qualités de citoyens ont immédiatement été reconnues. Les villages respirent l’abandon, maisons closes, places désertes. Quelques personnes maintiennent envers et contre tout une faible présence germanique et luthérienne, dans l’attente d’on ne sait quoi. Des tsiganes désœuvrés glandent à l’ombre de maisons branlantes. En quelques années, une civilisation presque millénaire a été réduite en poussière, les champs laissés en friches sont envahis par des broussailles et des buissons porteurs de forêts futures.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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