L’épiphanie tardive du poète Charles Racine

« Poètes vos papiers ! » hurlait Léo Ferré dans une fort belle chanson à une époque où il était au mieux de sa forme. Car les poètes ça va ça vient, c’est selon. Certains malheureusement viennent tard, comme Robert Walser, qui reposa pendant des décennies sous son tilleul d’Herisau avant que le monde daigne se souvenir de lui. Mais Walser chercha à se faire oublier sans parvenir à disparaître tout à fait ne serait-ce qu’en raison de l’amitié et de l’admiration de Carl Seelig.

Il n’en alla pas de même avec Charles Racine un autre poète jurassien bernois – de Sonceboz lui – dont la dernière livraison du Persil, le journal littéraire de Marius Daniel Popescu nous révèle l’existence. Né dans les années 20, mort en 1995 à Zurich où il semble avoir passé l’essentiel de sa vie, il s’offrait de temps à autre un surplus de nourriture spirituelle par une escapade à Paris. Mais comme Walser il fait partie de ces écrivains qui font de la rétention de textes : très coté à Paris chez un Paulhan par exemple, il refuse de lui donner des textes à publier. Et quand il publie, il le fait au compte-goutte comme en témoignent les deux volumes de lui que j’ai trouvés à la BCU de Lausanne. Deux volumes qui valent le détour, jugez plutôt par ce poème extrait de « Le sujet est la clairière de son corps » publié en 1975 par Maeght éditeur :

lorsque je viens / les cailloux craquent / sous mon pas /mes mains cherchent / ton endroit sur la pierre / ami où es-tu ami sous la pierre

le silence des fleurs blanches est-ce ta voix / le murmure de la feuille ta joie de me voir / est-ce la plume qui court / sur les ombres les feuilles couchées dans les fleurs / les mots que tu laisses

le souffle chaud qui s’appuie à mes jambes / est-ce la caresse d’une vie / les larmes qui baignent la fleur / est-ce l’ivresse de ces lieux / Est-ce le long de ta mort que s’incline ton ami (1955)

(le journal le persil se trouve dans quelques librairies ou chez son éditeur mdpecrivain@yahoo.fr)

Post-scriptum du 29/12: un ami lecteur me signale « qu’une substantielle partie de ses écrits viennent d’être somptueusement réédités (en juin 2013) aux Editions Grèges sous le titre : Légende posthume. GD

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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2 commentaires pour L’épiphanie tardive du poète Charles Racine

  1. NR dit :

    http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/charles-racine/
    ce lien ci-dessus si je peux me permettre, une façon de faire circuler cette écriture émouvante de Charles Racine, un grand comme cela existe peu! (oui, grand est l’oublié Walser!)

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