Lectures guerrières pour un été inquiétant

Amis lecteurs, vous l’aurez remarqué, ce blog est en vacances depuis début juillet déjà et ne retrouvera sa vitesse de croisière qu’à la fin août. Pour qui désire échapper aux diverses resucées d’articles approximatifs et d’enquêtes plus ou moins bien emballées sur la Grande guerre centenaire, il n’y a, si je puis me permettre, qu’une lecture à la fois romanesque, historique et totalisante, c’est Les Thibault de Roger Martin du Gard. On y trouvera largement de quoi passer un mois d’août palpitant tout en gardant un œil sur la frontière russo-ukrainienne afin de s’assurer que le crash de l’avion malaisien ne nous refait pas le coup de l’attentat de Sarajevo.

Pour ma part, bouclant ma valise pour les rives de la mer Noire, à quelques dizaines de kilomètres au sud de ladite frontière, j’y glisserai un pavé de récente publication, Le Journal de Vézelay. 1938- 1944 de Romain Rolland (Bartillat, 1180 p.). C’est tout à fait passionnant. Au printemps 1938, le vieux sage quitte la Suisse où il réside depuis l’été 1914 et s’installe à Vézelay dans sa Bourgogne natale afin de protéger sa jeune femme russe des assiduités d’une police fédérale assez paranoïaque envers les Russes. Alors que les désagréments de la Première Guerre mondiale lui furent évités par la douceur de son séjour lémanique, le Nobel 1915 de littérature est frappé de plein fouet par la Seconde. Germanophile (malgré les avanies de l’occupation), anti anglo-saxon, il m’apprend que le jour de ma naissance, le jeudi 3 avril 1941, fut «une date décisive, un tournant de la guerre : la reprise de Benghazi par les Allemands [de Rommel]. A mes yeux, la guerre est perdue pour l’Angleterre. Elle n’a pas eu le souffle, après avoir pris Benghazi, de pousser jusqu’à Tripoli et de jeter les Italiens à la mer. Elle n’avait pas la force, le nombre suffisant. L’Allemagne a eu le temps de faire passer en Libye ses forces motorisées. Elle reprendra maintenant l’Afrique, en ouragan. – La guerre n’en continuera pas moins, par les Etats-Unis qui implacablement entreront dans la danse.» Vient ensuite une de ces tirades antiaméricaines qui ferait envie à mon ami Jacques Pilet de L’Hebdo.

Lorsque Romain Rolland, le prince des pacifistes de la guerre de 14, écrit ces lignes il a juste 75 ans. Je suis impatient de savoir quand il reconnaîtra son erreur. Nous en reparlerons.

Lever de soleil sur la mer Noire

Lever de soleil sur la mer Noire

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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