Le prince Potemkine précurseur du sionisme au 18e siècle

 Début septembre, préoccupé par l’agression russe contre l’Ukraine, je me suis replongé dans l’histoire de cette région du monde et ai posté un premier papier mettant en évidence le rôle du prince Potemkine et de sa maîtresse l’impératrice de Russie Catherine la Grande dans la conquête des territoires alors turcs au nord de la mer Noire pour donner naissance à la Nouvelle Russie. Mais mon information était lacunaire. De passage à Bucarest, j’ai eu la chance, chez un bouquiniste, de mettre la main sur une biographie de Potemkine écrite par Georges Soloveytchik et publiée en 1940 chez Gallimard. Un ouvrage sérieux, bien documenté qui commence par démentir la légende des villages en carton construits par le grand homme pour duper sa dulcinée. Une fable médisante répandue (et beaucoup traduite) par un journaliste allemand et malveillant vers 1800. Dont acte, même s’il y a peu de chance que le rectificatif vienne à bout d’une réputation trainée dans la boue depuis deux siècles.

Après lecture, j’en sais plus par contre sur les rêves de Potemkine. Comme Joseph II, l’empereur austro-hongrois, il pensait que l’empire ottoman, donné pour moribond, ne survivrait pas très longtemps. Par sa conquête des rives de la mer Noire il pensait pouvoir rétablir Constantinople dans ses prérogatives chrétiennes, byzantines et orthodoxes en en chassant l’Infidèle. Tout en profitant, bien sûr, de la libre circulation de la marine marchande dans le Bosphore pour assurer la prospérité des ports construits ou à construire (Sébastopol, Kherson, Odessa, Mykolaiv, etc.) en Nouvelle Russie. Une telle politique de grandeur nécessitait une armée capable de la soutenir.

A cet effet, Potemkine ministre de la guerre et commandant en chef, caressait en 1776 deux idées d’avant-garde. Pour mieux structurer ses troupes et rendre leur commandement plus simple et efficace, il créa des bataillons ethniques (nationaux bien avant la lettre !) en regroupant entre elles les diverses minorités: cosaques, tartares, moldaves, valaques, etc. Les premiers à inaugurer ce système furent des Albanais. Prévoyant que la chute des ottomans poserait la question de Jérusalem et des Lieux Saints, il arriva à la conclusion que personne mieux que des soldats juifs ne serait à même d’en assurer la garde.   » Il ne doutait pas, nous dit son biographe, que transplanté dans son pays ce peuple serait complètement régénéré ; mais il pensait aussi qu’il y aurait de durs combats à soutenir contre les infidèles avant de s’y établir fermement et d’y prospérer. C’est pourquoi il avait décidé de commencer l’entraînement militaire des Juifs sans tarder, et à titre de premier noyau de la future armée juive, il avait formé le premier escadron juif, placé sous le commandement d’honneur du duc Ferdinand de Brunswick. » (p.154)

Que dirait-il en voyant ce qu’est devenu Tsahal?

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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