Sergei Loznitsa le génial cinéaste ukrainien

Vous avez peut-être déjà eu l’occasion de de découvrir Sergei Loznitsa, un cinéaste ukrainien auteur d’une dizaine de documentaires et de trois fictions. Son dernier documentaire Maïdan fut présenté en mai à Cannes avant de passer en salles. Un de ses films, My Joy, a passé en juillet sur Arte. Aujourd’hui c’est le Festival Astra du film documentaire de Sibiu qui lui accorde son grand prix pour  Maïdan , un long-métrage de 230 minutes, consacré aux événements de Kiev l’hiver dernier. Loznitsa qui a étudié le cinéma en Russie est un formaliste extraordinaire doublé d’un expressionniste génial. Je viens de voir trois de ses œuvres et en suis encore bouleversé.

J’ai commencé par La Station (2000), un court-métrage d’une vingtaine de minutes qui trace des portraits de voyageurs écroulés endormis dans la salle d’attente d’une gare perdue dans la campagne russe. En noir et blanc, la caméra caresse les visages et des fragments de corps recroquevillés ou enchevêtrés. C’est la nuit, le jeu flouté des ombres en clair-obscur donne l’impression que nous n’avons pas affaire au travail d’une caméra, mais à un crayon noir à mine grasse qui nous livre une succession de portraits ébauchés plus que dessinés. Envoutant.

Blokada (2006) est un long-métrage historique sur le trop célèbre siège de Leningrad pendant la dernière guerre mondiale. 872 jours de blocus, des pertes monstrueuses estimées à 1,8 millions de morts dont plus de la moitié à cause de la faim. Il s’agit d’un montage d’archives de l’époque dont on peut se faire une idée sur l’internet. Par un travail de montage dont je n’ose imaginer la difficulté Loznitsa nous donne un film qui sous la triste, lancinante et titubante présence de la mort donne vie à de misérables humains vivants au-delà du désespoir.

Avec Maïdan, la caméra – immobile, plans fixes, tableaux successifs bien séquencés – nous lance au cœur de l’épopée de ces quelques mois de révolution ukrainienne qui nous ont tenus en haleine l’hiver passé. Par l’intensité visuelle et auditive nous sommes en plein dans la bataille sur la glace du film Alexandre Nevski d’Eisenstein. Cela n’a rien à voir bien sûr. Mais quand même, les bons et les crapules, le bruit et la fureur, les gestes et la geste nous renvoient directement à Eisenstein. Comme lui Loznitsa chante la révolution en donnant la parole au peuple.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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