Un Allemand président de la Roumanie ?

Dimanche prochain 2 novembre les Roumains vont à l’occasion du premier tour de la présidentielle choisir les deux candidats qui seront appelés deux semaines plus tard à participer au tour final de l’élection. Sur la quinzaine de personnalités admises à participer à des joutes hautes en coups tordus, en cris et en scandales, deux hommes sortent actuellement en tête des sondages. Le premier ministre sortant, Victor Viorel Ponta, 42 ans, leader d’un parti social-démocrate qui ressemble comme un frère au parti communiste dont il a pris la succession depuis 25 ans. Sa force de frappe ? L’emprise du PSD sur le territoire et le vote des campagnes où la pauvreté fait peur et ne cesse de se développer. (En 25 ans 4 millions de Roumains ont émigré). Son concurrent le plus sérieux : Klaus Johannis, 55 ans, enseignant, maire de Sibiu depuis 2000, réélu à trois reprises avec des scores de plus de 80% par un électorat où il n’y a pratiquement plus d’Allemands. Il est soutenu par la droite libérale. Sa force de frappe ? Ses qualités de gestionnaire qui lui ont permis de transformer Sibiu (Hermannstadt), une ville de la grandeur de Lausanne, en un pôle économique, culturel et touristique dont le dynamisme rejaillit sur l’ensemble de la Transylvanie.  Les sondages donnent 40% à Ponta et 30% à Johannis, mais on ne peut guère leur faire confiance. Si ces chiffres sont vrais, Ponta doit s’inquiéter car il n’a guère de réserve en dehors de son électorat traditionnel.

C’est sur cette réalisation que compte Johannis pour l’emporter le 16 novembre. Y parviendra-t-il ? Ce n’est pas sûr, mais l’incapacité des anciens communistes à se réformer lui laisse une chance. Son slogan « Le travail bien fait » fait envie à tout le monde (Ah, les Allemands c’est du sérieux !) mais c’est oublier que les élites comme les masses roumaines sont encore très nationalistes. Régulièrement il y a des montées de fièvre nationale à cause de la question hongroise (1,7 millions de hongrois (7% de la population) implantés en plein milieu du pays).

Klaus Johannis fait lui aussi partie d’une minorité, celle des Allemands qui se divisent localement en deux branches ethniques, les Saxons des Siebenbürgen implantés depuis huit siècles et les Souabes du Banat venus après 1720. Johannis, Saxon et luthérien, peut donc tout à fait légitimement se proclamer aussi roumain que n’importe quel habitant du pays, mais bien sûr les choses ne sont pas aussi simples ! En fait, Les Roumains allemands comme les Roumains juifs ont été laminés par les désastres politiques du XXe siècle. Avant la Première Guerre mondiale, on comptait environ 750000 Allemands et 800000 Juifs dans le pays. Cent ans plus tard, il reste à peine 30000 Allemands 10000 Juifs.

 

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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