Paul Nizon et les cercueils de ses romans rêvés

Lu Faux papiers. Journal 2000-2010 de Paul Nizon (Actes Sud, 425 p.) écrit très exactement dans l’esprit de ses précédents journaux . Mais en plus languissant : Nizon vieillit, n’a-t-il pas fêté ses 85 ans le 19 décembre dernier ! Il se plaint de son peu de succès, regrette de n’avoir pas encore reçu le Nobel, s’ennuie aussi dans sa solitude parisienne même s’il lui arrive d’aller au cinéma avec Contat et Teddy ou de prendre un verre avec Roland Jaccard. Son journal est purement nombriliste, ressassant sans fin des thèmes de ses rares romans Canto, La fourrure de la truite, eux aussi largement autobiographiques sans crainte de lasser le lecteur ce qui en fin de compte explique son peu de succès. Nizon en est conscient. « J’ai noté quelque part dans mon journal, écrit-il page 394, que mes livres sont les cercueils des romans que je n’ai pas écrits. L’absence de sujets due à mon repli sur moi-même, le besoin de me retourner les entrailles et la pénible volonté d’en témoigner, d’y puiser des idées, avec le langage pour me sauver. A vrai dire, mes livres ne sont que le long commentaire d’un empêchement et d’un musellement. Et traitent aussi de la difficulté d’écrire. Je me demande ce que les gens qui apprécient mes ouvrages peuvent bien y trouver. » Et bien cela justement. Cette souffrance dans la quête vaine du succès et de la célébrité traduite dans une langue impeccable. Paul Nizon a un frère en écriture axé sur les mêmes chimères, l’écrivain roumain Norman Manea exilé lui à New York depuis une trentaine d’années. On arrive au bout des bouquins en appréciant mollement la forme (l’ennui n’est jamais très gai !) mais surpris par l’unicité du sujet. Comme si l’on avait visité l’atelier d’un peintre qu’un traumatisme égocentriste de jeunesse eût condamné à ne peindre que sa propre trombine.

Publicités

A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
Cet article, publié dans Littérature, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s