Et reprenons en chœur « Vive la démocratie directe ! »

Le 15 janvier dernier, la direction générale de la Banque nationale suisse (3 membres) appuyée par le Conseil de banque (11 membres) a pris dans le secret le plus total, notamment par rapport aux autorités légitimement élues du pays, la décision de renoncer à l’alignement du franc suisse sur l’euro selon une parité fixe de 1,20 CHF. Les conséquences fracassantes de cette décision sur la vie économique du pays et la santé financière de ses habitants ont suffisamment été décrites dans les médias pour que je m’abstienne d’y revenir. Habitant la Roumanie, j’ajouterai juste qu’ici 150000 personnes encore peu formées aux arcanes du capitalisme financier ont vu les intérêts de leurs emprunts en francs suisses bondir d’une minute à l’autre de 15% alors que leurs salaires sont loin de suivre le même mouvement.

Ce qui m’intéresse c’est l’aspect démocratique de la décision de la BNS. C’est vite vu : il est nul. Vous me direz c’est normal, la BNS est une société privée de droit suisse comme une autre. Pour prendre la mesure de l’aspect vicieux de cette réalité, je vous conseille de lire l’excellent article consacré par Yvette Jaggi dans le dernier numéro de Domaine public http://www.domainepublic.ch/articles/27093 dont le titre (La BNS revient au franc fort. En lâchant l’euro, la Banque nationale pourrait en fait aider le Conseil fédéral à suivre le peuple) tout en nuances dévoile un volet de l’opération. A suivre le peuple ? Qu’est-ce à dire ? Mais voyons, à appliquer les décisions votées le 9 février 2014, à respecter la démocratie directe, à freiner la circulation des personnes et l’engagement des étrangers, à lécher les bottes antidémocratiques de Christoph Blocher, un Blocher qui soutient avec d’autant plus de conviction la décision de la BNS que la plupart de ses usines sont à l’étranger.

En fait ces gens qu’à l’époque de ma jeunesse, juste après la dernière guerre, on surnommait les « gnomes de Zurich » parce que seuls en Europe ils avaient les poches pleines de fric ce qui leur permettait de faire la pluie et le beau temps vantaient alors les vertus de la Suisse comme démocratie semi-directe ou représentative, soit réellement parlementaire. Ce qu’elle est constitutionnellement. Aujourd’hui, malgré le barnum que nous préparent les médias pour les élections de fin d’année, chacun sait, voit, constate, que la Suisse serait prétendument passée grâce à un mystérieux tour de passe-passe blochérien au stade de la démocratie directe qu’en science politique on nomme en réalité plébiscitaire. Cela signifie que le ou les seigneurs d’en haut règnent sur le petit peuple en lui demandant son avis sur le diamètre du cervelas qu’il emportera le dimanche en pique-nique, pas sur la nécessité de laisser flotter sa monnaie et de baisser son niveau de vie.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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3 commentaires pour Et reprenons en chœur « Vive la démocratie directe ! »

  1. Martin dit :

    Comment voulez-vous qu’il en aille autrement? Une décision de ce genre ne peut être prise que dans le secret, et par le petit groupe d’initiés dirigeant la Banque en question. Il est impossible que la démocratie directe, avec l’extrême lenteur de ses processus, se mêle de ce type de décisions urgentes.

    En revanche, la démocratie directe peut parfaitement imposer des restrictions à la Banque Nationale et définir le cadre de son activité. C’était ce que proposait une initiative récente qui entendait imposer à la BNS l’incessibilité de ses réserves d’or, l’obligation de rapatrier ses réserves d’or existantes et de conserver en permanence dans son bilan une proportion d’or correspondant au moins à 20% de ses réserves de change.

    Hélas, trois fois hélas, le peuple n’a pas accepté cette excellente proposition qui aurait permis à la Suisse de se sortir indemne du collapse mondial des monnaies qui ne saurait manquer de se produire tôt ou tard dans les prochaines années. En l’occurrence le peuple suisse s’est soumis au consensus des experts, tous couchés devant le dogme de la sacro-sainte indépendance des banques centrales. Le peuple a été bien sage. Il a suivi les experts et refusé d’imposer une contrainte à sa banque nationale. Mais il a le pouvoir de le faire. C’est cela l’essentiel.

  2. Andrea Salati dit :

    Je suis Suisse en Suisse et autour de moi je vois beaucoup de gens de bas revenu qui tout à coup se sont retrouvés avec une bonne augmentation de salaire. Je pense aux frontaliers, qui reçoivent des salaires ignobles qui ne permettraient pas de survivre en Suisse et le dépensent en Italie, en France, en Allemagne et en Autriche, et à leur collègues suisses des zones près des frontière, qui représentent une bonne partie de la Suisse et qui pour cause de cette concurrence ont vu baisser leur salaire, jouir d’une augmentation de leur revenu en allant faire leur courses au delà de la frontières. Sans parler de leur vacances à l’étranger. Et cela ne me déplaît pas.
    Ceux qui protestent le plus me semblent être les directeurs des petites banques privées de gestion de patrimoines qui ont toujours cru que la Banque Nationale était à leur service et se plaignent que la BNS ne leur ait pas donné le temps de se défaire de leurs Euros. Et cela ne me déplaît pas non plus.
    Avec plus de raisons protestent les gens qui travaillent pour le tourisme (mais si les patriotes qui votent Blocher resteront passer leur vacances en Suisse il n’y aura pas de gros problèmes). Ils devront se creuser un peu plus les méninges mais ils y arriveront cette fois-ci comme pour les passées, je crois.
    Les Roumains qui ont cru gagner en demandant un prêt en Francs suisses ou bien étaient des apprentis sorciers qui ont misé sur une réévaluation du Leu sur le Franc ou bien ils sont des pigeons auxquels leur banquier préféré à fait miroiter un taux d’intérêt un peu plus bas pour leur fourguer une absurdité. Dans ce cas ils devraient plutôt s’en prendre à leur banque.
    Tu crois vraiment qu’il aurait fallu voter pour décider d’interrompre cette mesure de fixation de la valeur du Franc sur l’Euro? Quand elle a été introduite, le président de la banque nationale l’avait dit à sa femme, qui s’est empressée de courir acheter des Euros et ça lui a couté sa place. Il fallait donner cette possibilité aussi aux banquiers pour qu’ils en profitent pour s’enrichir encore aux frais de l’état?
    Il m’a semblé beaucoup plus étrange qu’on ait pu l’introduire de façon si abrupte, vu que ce-faisant la Suisse renonçait à avoir une monnaie indépendante. Celle-ci est une décision politique, pas revenir à la normalité, il me semble.

  3. codebs13 dit :

    Sarebbe utile capire se siamo di fronte ad un problema di « democrazia ». Quando Andrea dice che questa « è una decisione politica » ( e la sottoscrive ) , allora dovremmo chiederci perché mai la politica di cui egli parla dovrebbe o meno rispettare la « democrazia » diretta. Con evidenza quella « politica » non ha bisogno di preoccuparsi della democrazia, ma allora parliamo piuttosto del perché le cose stanno esattamente così. Che mi pare il tema posto dal testo di Gérard. Mentre che, per capire se la decisione della Banca nazionale sia « giusta » o « sbagliata » , non mi pare che gli argomenti di Andrea siano sufficienti. E tuttavia potrebbero permettere di aprire una discussione proprio sul ruolo del denaro e del mercato nella politica attuale, in Europa in particolare.
    Avrei una domanda …da quattro soldi: perché continuiamo a ragionare come se la Banca nazionale svizzera ( banca privata per eccellenza, come la BCE ) fosse « nostra » ( intesa come « svizzera » ) ?

    Il serait utile de comprendre si nous sommes confrontés à un problème de «démocratie». Lorsque Andrea dit que «c’ est une décision politique» (et il l’ approuve ), alors nous devrions demander pourquoi la politique dont il parle devrait respecter la « démocratie » directe. Il me semble évident que cette «politique» n’a pas besoin de se inquiéter de la démocratie, mais alors discutons de pourquoi les choses sont exactement comme ça. Je pense que c’est la question soulevée par le texte de Gérard. Bien que, pour voir si la décision de la Banque nationale est «bonne» ou «mauvaise», je ne pense pas que les arguments de Andrea soient suffisants. Et pourtant, pourraient nous permettre d’ouvrir un débat sur le rôle de l’argent et le marché dans la politique actuelle, en Europe en particulier.
    J’ ai une question … toute petite : pourquoi nous continuons à raisonner comme si la Banque nationale suisse (banque privée par excellence, comme la BCE) est «notre banque» ( dans le sens de «suisse») ?

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