Les considérations de Sebastian Haffner sur Hitler

Chose promise chose due. Début janvier, dans un papier consacré à Sebastian Haffner (Histoire d’un Allemand), j’annonçais une notule consacrée à la récente parution de ses Considérations sur Hitler (Trad. O. Hansen-Löwe, Ed. Perrin, Paris, 2014, 214 p., 17,9 €) dont j’ignorais qu’il s’agissait en réalité de la réédition d’un volume publié en 1979 ( !) sous un autre titre chez un autre éditeur et donc disponible dans les bibliothèques. Cela n’enlève rien à la qualité de l’essai, c’est la magouille de l’éditeur qui est déplaisante.

En bon journaliste historien Haffner parvient à faire, en 200 pages, un portrait d’Hitler complet et vivant. On peut ne pas être d’accord avec toutes ses remarques, mais elles suscitent toujours la réflexion. Comme par exemple la conclusion de l’auteur qui estime que dès l’échec de son offensive contre l’URSS devant Moscou en hiver 1941-42, Hitler convaincu de ne plus pouvoir gagner la guerre décide de changer d’objectif et de consacrer l’ensemble des forces allemandes à l’extermination des juifs. Haffner a de bons arguments, l’obsession antisémite d’Hitler, la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, etc., mais en faire l’objectif central et quasi unique de la guerre semble exagéré. Ne serait-ce que parce que dans sa folie paranoïaque le Führer, à la fin, prolonge son suicide dans l’autodestruction de l’Allemagne et de ses habitants.

Divisé en sept courts chapitres – vie, réalisations, succès, erreurs, fautes, crimes, trahison – l’essai d’Haffner saisit la quintessence des débordements hitlériens. Et pose en fin de compte LA question insoluble du XXe siècle (sans, reconnaissons-le, y répondre mieux que les autres !) : pourquoi les masses se sont-elles alignées aussi passivement sur les meurtrières folies dictatoriales ?

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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