Heidegger et les juifs

Depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale (cela commence à faire vieux : 70 ans !) la France philosophique n’en finit pas de s’étriper à propos des rapports de Heidegger avec le nazisme et l’antisémitisme. Ces intellectuels, avec Fédier en tête suivi du troupeau compact des nouveaux philosophes, l’académicien Finkielkraut fermant le ban, ont tenu colloque fin janvier à Paris et s’en sont donné à cœur joie si l’on en croit le compte-rendu très indulgent de l’Obs que vous pouvez lire ici. Il était question de se tâter mutuellement sur la portée des trois premiers volumes des Cahiers noirs publiés l’an dernier chez Klostermann. Certains persistent malgré l’évidence (notamment 12 ans de militantisme au parti nazi) à nier l’évidence de son antisémitisme. La séduction exercée par la pensée réactionnaire et dépravée d’Heidegger sur la fine fleur de l’intelligentsia française demeure pour moi un mystère que seul son engouement juvénile pour le maoïsme du Petit livre rouge peut très partiellement expliquer sinon excuser. J’ai eu la chance d’éviter de patauger dans ces eaux fétides grâce à un ami qui m’a signalé l’excellent essai Heidegger e gli ebrei. I « Quaderni neri » (Bollati Boringhieri, Turin 2014, 352 p., 17 €) que la philosophe italienne Donatella Di Cesare  a publié l’automne dernier. En cherchant sur Internet quelques infos sur la dame et ses œuvres, j’ai eu la surprise d’apprendre qu’elle avait elle aussi participé au colloque parisien. Et qu’en plus la vidéo de son intervention était publiée sur le site de la revue La Règle du jeu. Comme Donatella Di Cesare s’exprime en français je la laisse expliquer son point de vue sur les trois volumes des Cahiers noirs accessibles pour le moment qu’en allemand.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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Un commentaire pour Heidegger et les juifs

  1. Martin dit :

    Votre position est cohérente. Vous êtes de gauche et vous n’avez jamais supporté Heidegger qui était un fasciste. Rien à dire, ça se tient.

    En revanche les gauchistes du genre Althusser (il est mort donc il n’est plus là pour en parler) et surtout les gauchistes de salon comme le petit snobinard fils à papa Bernard-Henri Lévy-Botul, qui a organisé ce colloque pour se faire mousser lui-même, sont gênés aux entournures. Ils se sont entichés de Heidegger dans leur jeunesse parce que leurs idoles intellectuelles comme Levinas, Derrida et Sartre étaient eux-mêmes fascinés par lui, n’ayant pas lu les cahiers noirs. Et voilà que maintenant ils s’aperçoivent que Heidegger était un antisémite absolu. Forcément ça les met mal à l’aise.

    Pour la même raison ils sont ennuyés avec Céline. Avec Heidegger comme avec Céline ils ont d’un côté leur admiration béate et de riches bourgeois snobs fascinés par le génie, philosophique de Heidegger, littéraire de Céline. Et de l’autre côté, comme Juifs, ils sont horriblement mal à l’aise en se rendant compte qu’ils sont pâmés d’admiration devant des antisémites nazis déclarés et impénitents. Ils sont à tel point des mondains et des snobs qu’ils sont incapables de renoncer à leur péché mignon: l’admiration pour ces grands génies. Alors ils se contorsionnent. C’est la raison des sophismes entortillés de BHL. Je trouve cette attitude méprisable.

    Sur le fond quant à Heidegger, même si vous ne l’aimez pas vous devriez reconnaître que le seul fait qu’il ait posé cette bombe posthume des cahiers noirs, dans lesquels il jette tout son prestige dans la balance pour, en réalité, justifier complètement l’antisémitisme et l’action d’Hitler, ceci est tout de même un évènement. On ne pourra pas mettre de côté ce témoignage d’un poids énorme. A moins de se mettre à considérer Heidegger comme un nul. Mais c’est impossible.

    Donc c’est un élément de plus, avec beaucoup d’autres, comme la persécution malencontreuse de Dieudonné en France, la promotion massive du multiculturalisme par l’intelligentsia juive dans le monde entier, et tant d’autres choses mettant en évidence les pressions irritantes de ce qu’il faut bien appeler un (ou plusieurs) lobby(ies) juif(s), qui font qu’effectivement l’antisémitisme flambe à nouveau.

    Qu’en est-il en Roumanie, terre traditionnellement très antisémite?

    Si des gens comme le professeur Robert Wistrich pensent que l’antisémitisme est aujourd’hui plus fort que jamais, plus fort que du temps de l’affaire Dreyfus, à mon avis il n’ont pas tort. La seule nouveauté c’est l’existence d’un arsenal légal répressif anti antisémite dérogeant aux principes de la liberté d’expression, mais ces lois n’empêchent pas les gens de penser ce qu’ils veulent in petto. Tout cela crée un climat très désagréable. Et c’est pourquoi l’antisémitisme est de nouveau très fort, non sans raisons.

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