Après les chandelles de Bachelard, celles de Gherardo delle Notti

Au troisième jour des Fêtes de Pâques orthodoxes, j’ai, tôt matin, quitté mon village transylvain pour Florence. J’avais besoin de humer l’air toscan, de m’ébaudir en en admirant le vol élégant mais heurté des mouettes déconcertées par les sombres murs de cyprès, de recharger mes yeux fatigués par les forêts de lumière méditerranéenne. Au-delà de l’attente roborative, mon esprit errait encore parmi les mots de Bachelard :

Entendons bien : la flamme clignote. Les mots primitifs doivent imiter ce qu’on entend avant de traduire ce que l’on voit. Les trois syllabes de la flamme de chandelle qui clignote se heurtent, se brisent l’une contre l’autre. Cli, gno, ter, aucune syllabe ne veut se fondre dans l’autre. Le malaise de la flamme est inscrit dans les petites hostilités des trois sonorités. Un rêveur de mot n’en finit pas de compatir avec ce drame des sonorités. Le mot clignoter est un des mots les plus tremblés de la langue française. Ah ! Ces rêveries vont trop loin. (La flamme d’une chandelle, p. 43)

Question de clignotements, le plus grand des hasards m’en fournit une surprenante quantité dès mon arrivée à Florence car la Galerie des Offices abrite en ce printemps (et jusqu’au 24 mai) une curieuse exposition au nom étrange : Gherardo delle Notti : Quadri bizzarrissimi e cene allegre (soit : Gérard des Nuits, toiles très bizarres et joyeux repas). Gherardo delle Notti est le surnom dont les critiques d’art ont affublé Gerrit van Honthorst grand maître hollandais du clair-obscur qui passa dix ans de sa jeunesse à peindre la nuit sous toutes ses formes sous le soleil italien. Il fallait bien ce soleil et quelques verres de vin pour se remettre de l’agitation mercantile de son Utrecht natale et de cette goulue Hollande qui dominait alors le monde. Je ne connaissais pas ce Gérard-là, mais dans le dédale des salles de la Galerie des Offices, la flamme de ses nombreuses chandelles eut tôt fait de me conquérir. Comment par exemple résister à celle-ci offerte par un heureux marchand d’allumettes:

 

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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