Sortie de mon nouveau livre « Les douanes de l’âme »

Amis et connaissances,

J’ai le plaisir de vous annoncer que mon nouveau livre « Les douanes de l’âme » consacré aux pays roumains vus de Sibiel où nous habitons depuis huit ans déjà sera en librairie de Suisse française dans les jours qui viennent.

Ion Vianu médecin psychiatre qui dénonça à la fin des années 1970 l’usage carcéral de la psychiatrie sous Ceauşescu avant de partir pour la Suisse, puis de se faire un nom dans la littérature roumaine après la chute du régime, m’a fait l’amitié d’écrire une préface que je publie ci-dessous.

***

Le critique amoureux par Ion Vianu

Les accointances de Gérard Delaloye avec la Roumanie ne sont point le fruit du hasard mais bien l’effet d’une affinité élective : ayant épousé Adriana, une merveilleuse roumaine établie en Suisse, il se rapprocha d’un pays auquel a priori rien ne le reliait. Mais le hasard fait bien les choses car il voyagea en Roumanie et subit le charme de cette terre de contrastes. Il s’attacha, pour commencer, à la capitale, Bucarest, grande ville où l’Orient et l’Occident se mêlent d’une manière inextricable – ville de culture toujours et de charme parfois – puis il voyagea un peu partout, connut le pays d’une manière approfondie que beaucoup de Roumains lui envient. Plus tard, les Delaloye choisirent de s’établir en Roumanie. Non pas dans la capitale mais dans un paisible village de Transylvanie, non loin de Sibiu, bourg germanique de charme où gothique et baroque font bon ménage. De la terrasse de leur vieille maison villageoise, entre les vieux toits où perce la mousse ils contemplent le verger à flanc de coteau changeant de couleur au gré des saisons.

Dans ce choix et dans la perception de la réalité roumaine – et plus particulièrement transylvaine – se révèle la nature complexe de l’auteur de ces essais. Historien, scrutateur du passé, de la longue durée, il est en même temps journaliste, homme du présent, de l’instant qui fuit. Révolté, doué du sens de l’extrême, Gérard est aussi un homme du terroir, attaché par ses origines aux Vieux Pays, affectivement ainsi que de par ses recherches sur l’histoire du Valais. Son expérience d’historien lui permet de remarquer la ressemblance sinon l’identité du fonctionnement, mutatis mutandis, des communes et provinces suisses et transylvaines. A la différence que les cantons et communes suisses fonctionnent toujours selon leurs constitutions moyenâgeuses alors qu’en Transylvanie l’empire, ensuite l’État national ont aboli cette démocratie archaïque. Pour le reste, la Transylvanie est un véritable musée vivant tellement les traces du monde ancien y sont présentes, et ce n’est pas le moindre charme d’un pays lui aussi, et combien, « vieux ». Ainsi, le voyageur valaisan transporté en Transylvanie, demeure-t-il  « (presque)  immobile » comme déjà énoncé dans un  précédent ouvrage (Le Voyageur (presque) immobile, l’Aire (Vevey, 2009).

Tout ce qui relie le pays de son choix à l’Occident natal est susceptible d’intéresser notre observateur et curieux incurable. De la « Syldavie » d’Hergé à Herta Muller, dont l’œuvre écrite en allemand s’inspire totalement de la réalité roumaine de son enfance. En passant par l’œuvre de l’immense poète de langue allemande Paul Celan (originaire d’une autre province historique de la Roumanie, la Bucovine, riche creuset multiculturel) dont les liens avec le Valais, peu connus, nous sont révélés.

La pièce la plus émouvante de cette mosaïque reste le récit de la relation qui lia l’auteur avec un homme beaucoup plus âgé que lui, son beau-père. Ils partagèrent de longues années l’appartement de Lausanne; une relation profonde de type père-fils se développa entre les deux hommes. Gicou, un homme qui s’était construit lui-même, lui apparut comme un exemple d’humanité et de chaleur, un homme à l’ancienne peut-on dire… De même que cette marche ultime de l’ Europe, la Roumanie est, en fait, la vieille Europe, Georges (Gicou) lui apparut comme un Européen de vieille souche non contaminé par l’aliénation et la froideur actuelles. Le rituel même qui accompagne la mort, des soins prodigués au corps du défunt en passant par l’ office religieux du christianisme oriental, fastueux même quand il est simple, en finissant par l’immersion des cendres dans les eaux sablonneuses du Danube près d’ aller à la mer sont autant d’ occasions pour le fougueux révolté de rendre un hommage sentimental au levant de son désir.

Fils d’un douanier surveillant naguère les frontières suisses, Gérard Delaloye, lui, patrouille inlassablement le long des marges de l’Europe, une Europe des valeurs anciennes qui s’effritent, dont de minces traces  persévèrent dans le vouloir exister. Il nous livre le témoignage précieux d’un observateur amoureux qui ne peut laisser indifférent.

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A propos gerarddelaloye

Journaliste et historien, vit entre la Suisse romande et la Transylvanie. Dernier ouvrage publié: "Les douanes de l'âme et autres chroniques roumaines", Ed. L'Aire (Vevey CH), 2016, 130 p.
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2 commentaires pour Sortie de mon nouveau livre « Les douanes de l’âme »

  1. Alina Dumitrescu dit :

    Félicitations monsieur Delaloye, quelle extraordinaire histoire que la votre.
    D’origine roumaine (Moinesti – Bacau)je vis à Montréal depuis 28 ans.
    Je suis en rédaction d’un livre qui a pour titre provisoire : Les frontières avouables.
    Bon succès à votre livre et j’ai bien hâte de vous lire.

    Bon printemps, Alina Dumitrescu

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